Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Bad Lieutenant d’Abel Ferrara
Sorti en 1992, Bad Lieutenant est un tournant dans la carrière d’Abel Ferrara puisque le film marqua sa reconnaissance publique et critique. Dès lors, le cinéaste américain quitte son statut de réalisateur de films de genre (L’Ange de la vengeance, New-York, deux heures du matin, China Girl…) uniquement apprécié par un cercle d’amateurs pour être considéré comme un auteur à part entière. Cependant, Bad Lieutenant (dont le scénario est coécrit par Zoë Lund qui joue également dans le film et qui interprétait le rôle principal de L’Ange de la vengeance) s’inscrit pour une part dans la prolongation de la veine des polars urbains poisseux et dérangeants du jeune Ferrara. Le « méchant lieutenant » (dont on ne connaît pas le nom), annoncé par le titre, tient toutes ses promesses : alcoolique, drogué, corrompu, violent, pervers…

Copyright Bad Lt. Productions
Criblé de dettes en raison de paris sportifs, il est chargé d’enquêter sur le viol d’une religieuse par deux jeunes gens qu’elle connaît, « des bons garçons » dit-elle, auxquels elle a pardonné leur crime. Désarçonné par l’attitude de la religieuse, le policier va se lancer à la recherche des violeurs et d’un calice qu’ils ont volé dont la récompense effacerait ses dettes de jeu.
Rédemption
Récit d’une conversion et d’un salut paradoxal, à la fois réaliste et baroque, fantasmatique et puissamment incarné, Bad Lieutenant impressionne par la composition d’Harvey Keitel qui épouse la folie autodestructrice de son personnage. Il se montre nu, hurlant, geignant, se masturbant, ivre, défoncé, devant la caméra d’Abel Ferrara. Les prises d’alcool et de drogues (cocaïne, crack, héroïne) ne sont pas simulées. Le pacte scellé entre le cinéaste et l’acteur demeure d’une puissance inégalée en offrant le rôle d’une vie à celui que l’on verra la même année dans Reservoir Dogs de Tarantino.

La dimension spirituelle (en l’occurrence chrétienne) de cette descente aux enfers dans un New York aux allures de cour des miracles évoque évidemment le cinéma de Martin Scorsese. Le réalisateur de Taxi Driver exprima d’ailleurs son admiration absolue envers Bad Lieutenant qu’il considéra comme « l’un des plus grands films que l’on ait jamais fait sur la rédemption ».
> Les jours et les nuits très rock’n’roll d’Abel Ferrara
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS




























































































































































































































































