Les Misérables, un film de Fred Cavayé
Se mesurer aux 1700 pages du roman fleuve, et chef-d’œuvre, de Victor Hugo : Les Misérables, est d’une incroyable témérité, vous en conviendrez. Le personnage central, Jean Valjean, est l’incarnation même du courage, de la bonté, de l’humanisme au sens le plus profond. Il est le héros de cœur de tous ceux qui ont lu ce livre publié en 1862.

Episode des barricades – Crédit : Curiosa Films
Rien donc d’étonnant à ce que le 7ème art s’empare de l’ouvrage dès 1913. Ce sera Henry Krauss qui incarnera, en muet, le célèbre bagnard. Plus près de nous, lui succéderont des pointures telles que Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura et même Jean-Paul Belmondo dans une version revisitée par Claude Lelouch. Sans oublier Liam Neeson en 1998 et Hugh Jackman plus récemment dans la version comédie musicale. Fred Cavayé offre ici ce rôle en or à Vincent Lindon. C’est une réussite tant cet acteur sait peser de son regard, de sa voix et de sa présence mesurée sur ce personnage. Le réalisateur a choisi par ailleurs un casting étoilé qui met à l’honneur le cinéma français. Si Tahar Rahim, acteur, est ici un Javert monolithique jusqu’à l’excès, son personnage par contre est approfondi, notamment sur les traumatismes de son enfance. Le couple maudit des Thénardier trouve en Camille Cottin et Benjamin Lavernhe une incarnation d’une rare veulerie et d’une toxicité suprême. Noémie Merlant, Fantine bouleversante et pathétique, Vassili Schneider, Marius romanesque en diable, Megan Northam, Cosette un brin plus dynamique que dans le roman, Marie Colomb, Eponime bouleversante, Léonard Signoret, convaincant Gavroche, même s’il ne chante pas l’air qui l’a rendu célèbre, sont le haut d’une distribution pléthorique ne souffrant aucune faille. Incontestable fil rouge de cette adaptation, Valjean n’en laisse pas moins à tous les autres protagonistes leur moment de gloire, donnant à ce film une dimension chorale qui, conjuguée à un réel savoir-faire de mise en scène, réunissant ici 3500 figurants, finit par convaincre.
Et puis, que voulez-vous, le souffle de Victor Hugo !

