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Les grands Motets des Passions au Capitole : le Printemps n’est pas loin !

J’ai regretté de ne pouvoir aller le mardi 19 février à la Salle Ernest Renan (Toulouse) ré-entendre Guillaume Lopez (chant, flutes etc.) qui continue sa route vers ses rêves de Grenade, Somi de Granadas, avec Thierry Roques (accordéon) et Pierre Dayraud (percussions). Mais nul doute que nous le reverrons bientôt, car il est Celui qui marche*, titre de son nouveau disque à découvrir sans faute, tour de chant enraciné dans son territoire imaginaire emprunt des sonorités d’une Toulouse qui regarde vers le Sud ; avec toujours Thierry Roques, Pierre Dayraud, Nicolas Panek, mais aussi Pascal Celma et Camille Raibaud au violon. Il sera le 22 mars 2013 à Colomiers (31) dans le cadre du Festival Fous d’Archet et je ne doute pas qu’il nous ouvrira la porte d’un patio parsemé de fleurs, une fontaine au milieu avec un jet d’eau, des roses et des œillets de toutes les couleurs : même un peintre ne pourrait rêver mieux.

Mais j’ai eu le grand plaisir le mercredi 20 février au Théâtre du Capitole d’entendre les Grands Motets** Versaillais de Jean-Philippe Rameau & Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville par Les Passions – Orchestre baroque de Montauban*** et le Chœur du Capitole de Toulouse, sous la direction de Jean-Marc Andrieu. Jean-Marc Andrieu qui ne cesse de nous ravir dans sa démarche éclairée et éclectique de découverte des monts et merveilles du Baroque.

C’est toujours un plaisir légèrement suranné de se retrouver dans ce petit théâtre à l’Italienne (qui se distingue des imposantes structures antiques par ses dimensions plus modestes permettant aux spectateurs de percevoir plus en détail le jeu des comédiens de par la proximité entre artistes et public) où il vaut mieux être assis au parterre (ce qui est le privilège des journalistes) qu’au dernier balcon, si l’on ne veut pas attraper un torticolis. Et il n’y a plus une place de libre, si ce n’est au poulailler.

@JJ AderLa scène est juste assez grand pour accueillir les dix-huit musiciens de l’Ensemble des Passions, avec au centre l’harmonium de Yasuko Bouvard (qui vient de nous régaler avec son CD Hortus/Codaex Dans la bibliothèque des Esterházy, Joseph Haydn, pour orgue et pianoforte), et le Chœur du Capitole, tous suspendus aux mains de Jean-Marc Andrieu.

Avec ces Grands Motets, nous sommes encore dans l’Ancien Régime, mais dans ce qu’il a de plus séduisant : l’Harmonie.

Ce style  alterne solos et chœurs. Toutes les œuvres sont accompagnées par l’orchestre . Les Motets sont rarement donnés car ils sont très difficiles, exigeants pour les interprètes, mais ces pièces extraordinaires font partie du répertoire des Passions.

Vincent Lièvre-Picard, taille et Alain Buet, basse, sont égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire irréprochables ; et le trio dessus, haute contre et basse « Qui seminant in lacrimis » du In Convertendo est un moment d’anthologie.

Stéphanie Revidat***, dessus, est une belle découverte, en particulier dans les Récits de dessus avec chœur « Et ipse redimet Israël » du De Profundis de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772), et « Laudate nomen Dei cum cantico » (pasaume 26) du In Convertendo de Jean-Philippe Rameau (1683-1764).

Même si ma voisine est nostalgique des rythmes endiablés des Tambourins de Castor et Pollux (il y a une excellente version de l’Orchestre du XVIII° siècle de Frans Brüggen) et du Rondeau Danse du Calumet de la Paix ececutée par les sauvages des Indes Galantes, je retrouve ici l’alacrité et la légèreté de celui que certains de ses contemporains (jaloux sans doute) traitaient de pisse-froid.

Comme dirait Verlaine :

De la musique avant toute chose,


Et pour cela préfère l’Impair


Plus vague et plus soluble dans l’air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose…



Malgré la sévérité apparente des thèmes liturgiques (empruntés à la Bible de Port Royal), je ne peux m’empêcher de trouver un côté champêtre, bucolique même, avec en particulier les soli de flûtes ou de basson. En tout cas, même si une hirondelle ne fait pas le printemps comme dit le proverbe, cette belle soirée baroque au Capitole nous a mis l’eau à la bouche de Passions baroques : de quoi attendre le Festival du même nom à Montauban du 20 au 22 mars, avec en particulier une soirée consacrée au « Chevalier de Saint-George, le Nègre des Lumières, homme de pique et musicien de cœur » au Théâtre Olympe de Gouges.

Jean-Marc AndrieuCes réjouissances printanières seront organisées par Les Passions**** du passionné Jean-Marc Andrieu et je suis sûr que nous pourrons dire avec Charles d’Orléans :

Le temps a laissé son manteau

De vent, de froidure et de pluie

Et s’est vêtu de broderies,

De soleil luisant, clair et beau.

 

Elrik Fabre-Maigné

23-II-2013

 

* www.lecamom.com

** Un Motet est un petit morceau de musique chanté au lieu de, ou immédiatement après, l’Offertorium. Du Latin « motus, mouvement », ou du Français « mot, parole ou expression », l’italien Mottetto était à l’origine (au XIIIe siècle) une musique profane polyphonique, l’air, ou mélodie, devenant par la suite « fermo canto ou plain-chant ». Philip de Vitry, qui mourut évêque de Meaux a écrit un ouvrage intitulé « Ars compositionis de motetis », probablement de 1320. Ce volume (maintenant à la Bibliothèque Nationale de Paris) contient nos plus anciens spécimens de motets sacré, dont la vogue s’est poursuivie pendant depuis plus de deux siècles.

Mais c’est entre les années 1480 et 1520 que le motet a comme forme d’art progressé, avec Josquin Després en particulier. La grande particularité des motets de cette période réside dans le tissage mélodieux d’un contrepoint autour d’une courte phrase de plain-chant. En tout, 150 de son motets ont été imprimés, le plus connu étant le beau, « Requiem Aeternam », composé à la mort de son maître Jean d’Okeghem ; un des plus connus a pour thème les « Lamentations de Jeremie ».

Le point culminant de la composition des Motets a été atteint dans la période de 1560 à 1620, lorsque Orlande de Lassus, Palestrina, Byrd et Monteverdi, Scarlatti, Pergolèse, Carissimi et Purcell lui ont donné des lettres de noblesse. Au XVIIIe siècle, Johann Sebastian Bach et Haendel s’y sont également adonné avec bonheur.

*** Originaire d’Annecy, Stéphanie Revidat étudie le piano et l’orgue avant d’obtenir une maîtrise de lmusicologie à Lyon. Elle commence parallèlement le chant et entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon en 1991. Elle achève avec succès ses études supérieures en 1995 et continue encore aujourd’hui à se former auprès de Margreet Hönig à Amsterdam. C’est en 1992 que Stéphanie Revidat débute une carrière de soliste dans un répertoire de musique baroque et classique, en oratorio et en opéra. Elle est également l’interprète de compositeurs tels que Brahms, Debussy ou Fauré, mais aussi Berg, Britten et Dufourt. Jeune soliste de l’Atelier Lyrique puis membre de la Troupe de l’Opéra National de Lyon, elle a l’occasion de se produire dans de nombreux rôles comme Pamina, Euridice, ou Ariane et de se former à la scène. Elle chante ainsi sous la direction de F. Brüggen, W. Christie, F. E. Comte, J. Corréas, K. Nagano. Elle se produit en France, notamment à l’Opéra-Comique, au Châtelet, à La Chapelle Royale, à l’Opéra de Lyon et au Théâtre des Célestins mais aussi en Europe dans des villes telles que Bâle, Barcelone, Bruxelles, Londres ou Prague. Enfin, Stéphanie Revidat travaille également aux USA et assure, depuis 1999, une collaboration régulière avec des ensembles américains (Trinity Consort dirigé par E. Milnes), canadiens (Les Boréades) et anglais (Ensemble de Chambre de l’Academy of Saint-Martin in the Fields).

**** Les Passions – Orchestre baroque de Montauban – www.les-passions.fr  (Tel: 05 63 22 19 78)

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