Ils sont nombreux les comédiens, les metteurs en scène, les écrivains… À dire que le travail de Jean de La Fontaine n’a pas pris une ride. La compagnie toulousaine La Raison du j’Ouïr, elle, nous le prouve avec son spectacle : L’Érable de La Fontaine. Un cocktail détonnant des plus savoureuses fables de La Fontaine, réinventées dans notre monde actuel… Une création vive et surprenante, où les mots du fabuliste s’entrechoquent avec nos problématiques contemporaines, pour mieux nous parler du présent.
Sur scène, ils sont quatre. Mais leur talents se démultiplient pour revisiter, plus de 300 ans après sa mort, les dix fables les plus célèbres de Jean de La Fontaine. Pendant une heure, narration, interprétation et performance se succèdent, dans un esprit résolument cabaret. Tour à tour les comédiens défilent devant nous, comme dans un album de Chauveau ou Rabier en leur temps. Sauf qu’ici, les membres de la compagnie La Raison du j’Ouïr, s’entremêlent dans des réinterprétations très contemporaines. Les personnages prennent corps, les situations dérapent, les morales se bousculent… Et le regard de La Fontaine sur notre société révèle toute son actualité. En un battement de cil, le corbeau se transforme en corniaud, banquier haut perché… La grenouille, obsédée par son apparence, pousse sa quête du corps parfait jusqu’à l’implosion. Quant au lièvre, devenu mièvre, il se perd dans les méandres d’un monde virtuel… Les travers humains d’hier font écho à ceux d’aujourd’hui : argent, pouvoir, apparences, quête de performance ou dépendance aux écrans : l’humour et la fantaisie deviennent autant de façons de questionner notre époque, sans jamais renoncer au plaisir du jeu.
Le 14 novembre au Théâtre de Poche de Toulouse
Le spectacle, depuis sa création en juin 2024 au Festival du Coq à l’Âne, à Escoulis a séduit tous les publics : « Les retours sont très bons. Nous avons joué ce spectacle à plein d’occasions différentes… Pour des jeunes gens… Pour des gens moins jeunes… Mais tous aiment le mariage de l’univers de La Fontaine, des jeux de mots, de l’écriture et de la réécriture très précise de ces fables… Avec le cabaret et l’esprit déjanté que nous avons ajoutés dans la mise en scène ! Nous voulions apporter du rythme à ce spectacle grâce à des moments plus légers, de la chanson, de la danse… Même de l’effeuillage ! Nous faisons constamment évoluer notre spectacle. Ce qui nous plaît avant tout, c’est de dénoncer avec humour nos travers contemporains, comme le faisait le fabuliste à l’époque. En imaginant ce spectacle, nous avons tous les quatre redécouvert la richesse de ces fables et leur côté très contemporain, notamment dans les morales. C’est d’ailleurs ce qui nous a donné envie d’en réécrire certaines et de les mettre en scène, sans trahir La Fontaine », confient les membres de la compagnie.

Le choix des fables est fait par le collectif, comme la mise en scène. Les profils des comédiens sont variés, mais tous sont liés par la passion de la scène et de la transmission : « Nous sommes quatre, de quatre générations différentes… C’est assez rare. La créativité et la complémentarité de l’équipe sont des atouts pour notre spectacle, évidemment. Certains viennent du théâtre amateur, d’autres sont davantage issus du cabaret et ou écrivent. Nous nous connaissons bien puisque nous avons été formés au Théâtre du Grand Rond, par la même professeure. Nous avions déjà joué ensemble avant de créer notre compagnie », nous explique Marion, l’une des membres de la troupe.
Une compagnie de passionnés
« Le choix du nom de la compagnie n’est pas anodin… Il y a double sens, à l’image de notre spectacle : ludique, impertinent et un brin provocateur. « J’Ouïr » joue sur les mots et les sens : le plaisir de jouir du jeu, des mots et de la scène, mais aussi celui d’ouïr, d’écouter et de se laisser surprendre… Un clin d’œil malicieux à l’humour de La Fontaine, à son esprit libre et à sa façon de croquer les travers humains. « La Raison », quant à elle, nous invite à réfléchir autant qu’à rire. Elle évoque notre capacité à comprendre, à discerner, mais aussi à garder la tête froide face aux folies du monde. La Raison du J’Ouïr, c’est le plaisir des mots et du jeu, l’écoute et l’impertinence, mais aussi une invitation à exercer notre esprit critique. Parce qu’après tout, rire de nos travers est peut-être une première façon de retrouver la raison », décrypte pour nous Richard, un élément fondateur de la compagnie, passionné par les mots.
En outre, les membres de La Raison du j’Ouïr sont tous des comédiens amateurs, mais aussi et surtout des passionnés. Ils se retrouvent régulièrement, quand leurs emplois du temps le permettent pour des séances d’écriture, de travail à la table et puis pour les répétitions, dans la salle d’attente d’un cabinet d’avocat, le soir. Leur ambition est simple : partager leur passion de la scène avec le plus grand nombre. Depuis 2024 le spectacle est à la disposition des programmateurs locaux. Ils cherchent à jouer aussi bien sur des petites scènes qu’en plein air ou dans des lieux insolites. Cet été, ils seront programmés dans un festival de Théâtre Amateur.

Pour Paul, un autre comédien de la troupe, très investi dans la compagnie, les heureux souvenirs partagés avec ses camarades, au plateau, sont nombreux : « Nous avons vécu des moments inoubliables en scène avec ce spectacle. Par contre, j’ai aussi failli finir étranglé par mes collègues, visiblement en grande forme, lors d’une représentation survoltée. Plus sérieusement, je me souviens de l’émotion de dames d’un certain âge à la fin d’un spectacle… Elles avaient trouvé notre spectacle drôle et intelligent. Ça fait plaisir. Comme le retour d’une bande de jeunes, très émus à la fin d’une représentation. Arriver à émouvoir les gens c’est quelque chose de très beau et de très important… C’est un pari gagné, pour nous. Une belle récompense. Ce qui me plait, sur scène, c’est d’explorer des registres différents : la danse, les textes, l’humour… Cela fait plus de 10 ans que je fais du théâtre en amateur, avec le Théâtre du Grand Rond, et aussi la compagnie du Petit Rideau d’Alexandra Leridon. J’aime le théâtre depuis que je suis gamin et je crois que c’est une façon de s’accepter et surtout de créer, tout simplement ».
Ici, la morale de l’histoire… C’est assurément que le travail de cette compagnie de passionnés mérite sans attendre votre plus grande attention.
………………………..
L’Érable de la Fontaine, par la Compagnie La Raison du j’Ouïr
Avec Louise Colle – Marion Evain – Paul Vinachès – Richard Yupi
Samedi 14 novembre, à 20 h 30
Théâtre de Poche – 10 Rue El Alamein, Toulouse (Quartier Bonnefoy)
Tout public, à partir de 10 ans
Réservation : Ici.


