Qui dit Rodez, dit Soulages ! Soulages et son “outrenoir”, Soulages et son invariable approche de la lumière qui invite quiconque à méditer face à des toiles qui s’éclairent et se transforment. Le créateur de “l’outrenoir” invite à une observation méditative : le noir devient couleur, temps infini, espace illimité. C’est précisément cette dimension méditative qui rend l’exposition de Hiroshi Sugimoto totalement cohérente dans cet espace. Le musée Soulages présente 6 séries du photographe qui semblent dialoguer avec les toiles monumentales de l’artiste aveyronnais. Intitulée “Reprendre la mélodie” – référence à une pratique poétique japonaise, l’honkadori, qui consiste à créer une variation basée sur un thème existant – sa mélodie nous emporte dans un rythme intérieur singulier.

Hiroshi Sugimoto © Musée Soulages
Les premières séries d’images sont des photographies de cinémas américains. Les écrans illuminent des décors figés. Le japonais y a pratiqué des poses longues qui semblent transformer l’écran en source lumineuse. La lumière émise éclaire les salles obscures sans qu’aucun détail concret ne parasite l’espace. La composition ressemble à une rêverie figée, un décor vierge de toute présence humaine et dont l’écran pourrait devenir le point focal de nos projections intérieures. Comme chez Soulages, le temps de la contemplation marque l’œuvre de Sugimoto. Soulages affirmait : « Je préfère les peintures où le temps est là, immobile, suspendu dans le tableau, aussi immobile que le châssis et la toile ! C’est-à-dire une forme de temps suspendu dans la durée. », Sugimoto pourrait se réapproprier son propos en l’appliquant à sa pratique photographique.

Hiroshi Sugimoto © Musée Soulages
La visite se poursuit avec une réinterprétation d’un chef d’œuvre de l’art japonais, un paravent représentant des pins. Là encore, le noir est omniprésent, seules des ombres se détachent de l’ensemble : les silhouettes des conifères géants évoquent une rêverie vaporeuse. Mais le noir laisse place à d’immenses aplats de couleurs. Quand on les découvre, on se demande s’il s’agit de peintures, mais non, ce sont des photographies avec des temps de pose très longs qui floutent toute réalité concrète. La lumière devient couleurs. A la manière de Marc Rothko, Hiroshi Sugimoto crée des “champs de couleur” qui hapent le visiteur et le plongent dans un état contemplatif.


Hiroshi Sugimoto, Pine Trees, 2001, 12 panneaux 149 x 119 cm chacun,
tirage gélatino-argentique
Le songe continue avec des photographies de mers : ciel et eau comme seuls éléments de compositions. Sugimoto affirme : “Chaque fois que je contemple la mer, je ressens un sentiment de sécurité apaisant, comme si je visitais la demeure de mes ancêtres ; je m’embarque alors pour un voyage de la vue. ». Là encore, l’image devient toile, peinture, film même. La dimension statique de ces vues n’existe pas, au contraire, on croirait deviner l’onde des vagues, le son du vent. Sugimoto nous immerge dans un univers où les formes disparaissent pour servir la sensation. Impossible de ne pas vibrer !

Hirsohi Sugimoto – Enoura Lg
Éléments biographiques :
Hiroshi Sugimoto est un artiste japonais né à Tokyo en 1948, il partage aujourd’hui son temps entre Tokyo et New-York où il a résidé dès les années 1970 pour y étudier la photographie. Il a fait une première grande rétrospective au Palais de Tokyo à Paris en 2014 et a également exposé au Château de Versailles en 2018. Le Guggenheim, le Metropolitan Museum of Art à New-York, le Musée National d’art moderne et le Musée d’art contemporain à Tokyo, la Smithsonian Institution de Washington, la National Gallery et la Tate Gallery à Londres sont quelques unes des institutions internationale à avoir intégrer son travail à leurs collections.

Hiroshi Sugimoto
Informations pratiques :
Jusqu’au 13 septembre au Musée Soulages de Rodez
Horaires : lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche : 10h-18h
mardi : 11h à 19h
Adresse : Jardin du Foirail, avenue Victor Hugo, 12 000 RODEZ.

