Si tu penses bien, un film de Géraldine Nakache
Pour son quatrième long, Géraldine Nakache change carrément de braqué et nous propose ici une réflexion sur la violence conjugale doublée d’une empreinte religieuse. Une étouffante… réussite.

Monia Chokri (Gil) et Niels Schneider (Jacques) – Crédit : Pan Cinéma
Jacques et Gil forment un jeune couple juif bcbg bien sous tous rapports. Mais le temps passe et la personnalité profonde de Jacques fait surface. A force de remarques qui se transforment en conseils puis en règles, la gentille attention qu’il porte à Gil prend à présent la forme insidieuse d’un véritable contrôle. A l’inverse de son mari, Gil est croyante mais peu pratiquante. Or Jacques lui demande expressément et avec de plus en plus d’insistance de suivre le rituel et les traditions de leur religion, mikvé inclus. Petit à petit une forme d’étau se resserre sur Gil, la privant de ses proches, voire de son travail. Ce dernier n’est pas innocent dans le scénario. En effet, la jeune femme est assistante-caméra. Elle doit donc faire particulièrement attention aux autres sur un plateau. Elle va comprendre qu’aujourd’hui son regard professionnel doit se porter sur elle-même. Elle se doit de réagir alors que la violence apparaît dans son ménage. Aller en discuter avec les rabbins n’apporte pas grand-chose, le patriarcat semblant inébranlable…
Géraldine Nakache nous parle d’un fait de société qui n’est malheureusement pas qu’actuel : la violence intraconjugale, celle qui est pratiquement invisible. Ce sujet éminemment autant explosif que délicat est porté ici par un duo d’une grande sensibilité et d’une profondeur faisant frémir. Monia Chokri est cette Gil effrayée par le comportement de son époux. Déstabilisée elle va se battre pour retrouver contre vents et marées et traditions judaïques sa liberté. Un condensé de résilience et de pugnacité.
Niels Schneider est le Jacques vs pervers narcissique que l’on pouvait attendre de ce formidable acteur. Soulignons enfin la merveilleuse Clémentine Célarié, la maman de Gil, qui aura tôt fait de comprendre le piège dans lequel sa fille a glissé, un piège qui se résume à une remarque de Jacques à sa femme : Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien. Tout un programme !
Un fil dur, étouffant, mais d’une maîtrise parfaite pour décrire la mise sous tutelle psychologique.

