Adapté du récit d’Annie Ernaux par Judith Godrèche, « Mémoire de fille » a été présenté au 79e Festival de Cannes dans la Sélection officielle Un certain regard. Filmé avec un mélange de force et de pudeur, un beau portrait d’adolescente découvrant les affres de l’amour.

Tess Barthélemy dans « Mémoire de fille ». Photo Windy Productions/Moana Films
En 1958, Annie Ernaux a 17 ans (« et demi », précise-t-elle toujours avec fierté). Elevée par des parents petits commerçants, elle est destinée à de « grandes études » malgré ses origines relativement modestes. Annie est une bonne élève, toujours un livre à la main (on la voit mettre dans sa valise « Les raisins de la colère », de John Steinbeck). Quand le carcan familial et catholique est trop pesant, elle écoute en boucle « Je suis un voyou », de Georges Brassens, sur son électrophone. Embauchée comme monitrice dans une colonie de vacances, Annie va découvrir un autre monde que le sien, plutôt étriqué, et s’essayer à la cigarette, l’alcool et le sexe. Tombant amoureuse du chef des monos, elle va subir ses assauts brutaux avant de séduire d’autres hommes. Sauf qu’il n’y aura que souffrance, douleur et avilissement dans ces relations machistes…et des années d’aménorrhée (absence de règles) et d’anorexie pour Annie. Loin de la douceur du « C’était hier » d’Henri Salvador, merveilleuse balade qu’elle chantait, complice, avec sa mère…
Les hommes : beaux mecs un peu bas du casque
Le talent de Judith Godrèche est de suivre son héroïne au plus près, du désir aux désillusions, en filmant son visage plus que son corps. Dans ce registre, on attendait la réalisatrice au tournant, elle qui, adolescente, dit avoir été salie par plusieurs metteurs en scène, avide de la déshabiller et de la posséder. Elle s’en sort bien, réussissant à tout dire par les regards et les gestes de ses personnages sans jamais insister. En Tess Barthélemy, sa fille, qu’elle avait déjà fait tourner dans sa série « Icon of French cinema », elle a trouvé l’actrice idéale, à la fois vibrante et secrète, jamais dans la surcharge. Les autres jeunes comédiens (dont l’homonyme Maïwène Barthélémy, révélée par « Vingt dieux ») sont parfaits, particulièrement les filles, les hommes étant réduits à jouer des beaux mecs un peu bas du casque. « Mémoire de fille » aurait gagné à se focaliser sur le mois de colonie de vacances, déterminant pour l’avenir d’Annie Ernaux, dont on connaît tous le destin. Cela aurait évité d’inutiles scènes d’éveil au féminisme – on avait compris – et à la défense des peuples colonisés – on avait compris aussi.
« Mémoire de fille », de Judith Godrèche. Sortie le 30 septembre au cinéma.

