Critique.CD. CEREMONY. Emmanuel PAHUD, flûte. Sergei PROKOFIEV : Sonate pour flûte Op.94. Christopher ROUSSE : Concerto pour flûte. Toschio HOSOKAWA : Ceremony pour flûte et orchestre. Dresdner Philharmonie. Dir. Jonathan Stockhamer. Enregistré du 25 au 28.II.2025. Durée 72’44’’. 1 CD Warner Classics 082756019905.
La flûte dans tous ses états
Quel chemin pour le plus viel instrument du monde. Seules les percussions peuvent prétendre précéder la flûte. La simple flûte de roseau ou celle faite d’un os percé a bien évolué. Depuis Boehm qui lui adonné ses mécanismes et depuis les alliages de métaux qui la composent aujourd’hui, rien ne reste du frêle instrument que la capacité à sonner avec une grande délicatesse.
Dès les premières notes du CD posé sur la platine cette magie de la délicatesse du son nous enveloppe. Emmanuel Pahud peut tout avec son instrument, nous le savons. Dans cet enregistrement il dresse un panorama de la flûte du XXe et XXIe siècle. La version de la sonate de Prokofiev est merveilleuse. Stephan Koncz a réécrit cette œuvre à l’origine pour piano et flûte. Sa version pour un orchestre symphonique est très réussie. Le résultat est très convainquant tant les spécificités de l’orchestre de Prokofiev sont présentes. Après un premier mouvement d’un calme presque surnaturel le tempo s’envole pour le scherzo qui a une vivacité de flamme au grand vent. La sonate devenue concerto avance dans des ambiances variées, des couleurs somptueuses et de très belles nuances. Dans l’allegro final l’orchestre sonne tout à fait Prokofiev.
Le concerto pour Rousse est cinématographique. C’est vaste et grand comme en cinémascope. Dans la tendresse du début, puis la furie du alla marca et surtout dans diabolique Scherzo, Emmanuel Pahud est un véritable sorcier charmeur. Souvent on se prend à penser qu’il ne peut exister plus belle sonorité de flûte, tout spécialement dans le troisième mouvement Elegia.
La troisième partition du programme est du compositeur Japonais Toschio Hosokawa, elle date de 2022. Elle donne à la flûte un rôle de chaman. Emmanuel Pahud y est idéal. Son charisme personnel est en parfaite adéquation avec les attentes du compositeur. Cette Ceremony qui donne son titre au CD est une bien belle découverte. Le langage très moderne demande au flutiste des sons inhabituels, des coups de langues spécifiques, des bruits de bouche. La composition est très soignée et les effets sont millimétrés. Emmanuel Pahud au sommet de son art semble dans une forme somptueuse. Il domine toutes les facettes du jeu kaléidoscopique demandé.

On l’aura deviné cet enregistrement a une grande profondeur et magnifie l’instrument comme l’interprète. C’est une très bel enregistrement qui fait passer l’auditeur par toutes sortes d’états émotionnels.
La prise de son est somptueuse, ainsi la richesse des timbres et des nuances est magnifique. L’image spatiale est très convaincante. Cela pourrait bien être le plus beau CD de la riche discographie d’Emmanuel Pahud.
Hubert Stoecklin
