Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
La tentation de Paris de Paul-François Paoli
A vingt ans et des poussières, Frédéric Mattei a quitté Aix-en-Provence pour Paris où un poste de pion l’attend au lycée Henri IV. L’étudiant en philosophie, d’origine corse, se lie d’amitié avec Simon, garçon flamboyant qui partage son goût des idées et de la littérature. Nous sommes au début des années 1980 et les deux jeunes gens rêvent de journalisme. C’est au sein de L’Impartial, le brûlot mené par le flamboyant Jean Denis Hébrard, en guerre personnelle avec le président de la République, que Frédéric et Simon vont faire leurs premiers pas avant de se lancer dans la création de leur propre journal…

Paul-François Paoli
La tentation de Paris, qui vient de paraître, assume l’indémodable héritage balzacien dans le sillage des éternelles figures de Rubempré et de Rastignac. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels Confessions d’un enfant du demi-siècle et Au pays des rivières, Paul-François Paoli signe une comédie humaine pleine de relief, de caractère, dont les accents autobiographiques n’empêchent pas l’écrivain de poser un regard quasi-sociologique sur ses personnages.
Illusions perdues
C’est ainsi un monde à la fois si loin et si proche qui est ici reconstitué, un temps où la presse écrite – et à travers elle l’écrit – comptait parmi les piliers de ce que l’on appelait « le quatrième pouvoir » et n’avait pas été remplacée par les réseaux sociaux. On découvre donc des journalistes, des écrivains (qui sont parfois les mêmes car les journaux étaient alors une extension naturelle du domaine de la littérature), des intellectuels qui ferraillent pour des idées, des ambitions, des querelles intimes ou plus générales. Paul-François Paoli dépeint le basculement d’une époque au cours de laquelle se profilent la fin des idéologies, la victoire du marché et du spectacle.
La tentation de Paris n’est pas pour autant un roman à thèse ou à message. De même, si l’on reconnaît aisément à travers leurs doubles de fiction des personnages réels (Jean-Edern Hallier, Jean d’Ormesson, Pierre Boutang, Jean-François Kahn, Angelo Rinaldi…) ou un journal (Le Jour alias Le Figaro auquel Paoli collabore depuis une vingtaine d’années), le vrai motif de ce récit d’apprentissage est la jeunesse. Sur les pas de Frédéric et de Simon, qui pensaient que l’existence serait une potacherie sans fin et qui n’ont pas oublié « ce bonheur de la dix-septième année où l’avenir apparaît aussi pur qu’une mer étale », on découvre le ressac des illusions perdues, la fin de l’innocence, ceux emportés par « la fatigue de vivre ».
Même les amitiés s’érodent, usées par le temps qui passe : « On sait que l’on a vieilli à cela aussi, quand les fous rires se grippent et s’étiolent comme autant d’éventails fripés. La jeunesse a le génie du temps perdu, gaspillé à foison. La leur avait duré si longtemps qu’ils avaient cru qu’elle ne finirait jamais. Ils n’imaginaient pas qu’elle pût les quitter un jour. » Cependant, Frédéric est peut-être resté fidèle à celui qu’il fut : « un chat de gouttière, un irrégulier » né trop tard dans un monde trop vieux.
La tentation de Paris • Les Editions de Paris / Max Chaleil


