Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat
Jean, cinéaste quadragénaire, entretient depuis six ans une relation adultérine avec Catherine, plus jeune que lui, sans s’être séparé de son épouse Françoise qui connaît la situation et vit sa propre vie de son côté. Jean est odieux, brutal, capricieux, sadique, colérique, envers sa maîtresse qui accepte d’être constamment rabaissée en échange de moments heureux ou d’escapades plus légères. Il ne cesse de la quitter, elle ne veut plus le voir et cependant ces deux-là finissent toujours par se réconcilier.

Deuxième long-métrage de Maurice Pialat, Nous ne vieillirons pas ensemble, présenté au festival de Cannes en 1972, frappe autant par sa forme et sa construction que par son ton aussi âpre que cruel. Adapté d’un roman de Pialat paru la même année, le film épouse un certain naturalisme tout en se focalisant sur la relation – toxique, dirait-on aujourd’hui – de ce couple harmonieusement conflictuel. Nulle surprise finale quant au devenir de Jean et Catherine dont la rupture est annoncée dans le titre, mais Pialat réussit à maintenir une tension constante en dépit même du caractère volontairement répétitif des situations, à l’image des nombreuses scènes où les personnages se retrouvent dans la voiture de Jean.
Emprise et émancipation
Bardé de références culturelles (Murnau, Pavese, Hitchcock), Jean n’en est pas moins un sale type que l’on parvient parfois à plaindre en raison de son infantilité et de sa souffrance. Quant à Catherine, elle est à la fois touchante et exaspérante par sa soumission au goujat qui savoure son emprise sur cette jeune femme faussement naïve. Pour interpréter ce tandem, Pialat bénéficia de la participation de deux stars : Jean Yanne et Marlène Jobert.

Yanne, lauréat du prix de l’interprétation à Cannes, est formidable dans ce double fictionnel du cinéaste de même que Jobert, manière de femme-enfant qui saura malgré tout s’émanciper. Quant à Macha Méril, dans le rôle de l’épouse de Jean, elle apporte une dimension lumineuse inattendue au film. Grand succès public à sa sortie (ce qui peut surprendre au regard de la noirceur du propos), Nous ne vieillirons pas ensemble est la première grande œuvre du réalisateur qui avec A nos amours, Sous le soleil de Satan (Palme d’or en 1987) ou Van Gogh marquera de son empreinte le septième art.
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