La Cinémathèque de Toulouse a connu un bel été sous les étoiles avec 16000 spectateurs accueillis en juillet et en août lors de sa programmation en plein air. L’institution vient de révéler les temps forts de sa nouvelle saison, la première intégrale dans le bâtiment entièrement restauré et repensé du 64, rue du Taur. A des noms célèbres comme ceux de Fritz Lang, Jean-Pierre Melville, David Fincher, Luchino Visconti ou…Marguerite Duras s’ajouteront des cinéastes plus pointus (Harmony Korine, Pere Portabella, Jean-Pierre Thorn, Shô Miyake…) et des cycles explorant l’histoire du 7e Art (« Plaisirs subversifs, Espagne 1977-1984 pour commencer puis « Hollywood pré-code » dans les années 1930, et – retour aux années 1970 – « Nouvel Hollywood » et femmes documentaristes en Allemagne de l’Est, etc.) Copieux programme dont ceci n’est qu’un aperçu.

« Les bureaux meurent aussi », de Fritz Lang, 1943. Photo Solaris Distribution
Délégué général de la Cinémathèque de Toulouse, Franck Loiret a tout lieu d’afficher un large sourire : l’été caniculaire n’a pas fait fuir les spectateurs qui se sont rendu en nombre, nuitamment, dans la cour pas toujours fraîche du 64, rue du Taur. A l’arrivée, le taux de remplissage a affiché un beau 70% en juillet et 80 % en août grâce à un public « très différent du reste de l’année, plus jeune et familial ». Et la suite paraît tout aussi réjouissante avec, pour lancer la saison, la première partie d’une large programmation consacrée au cinéma d’animation japonais (plus de 70 films), un retour sur le monde criminel vu par Fritz Lang et une exploration des « Plaisirs subversifs » dans l’Espagne des années 1977 à 1984 (en association avec le festival Cinespana).
Chef-d’oeuvres hollywoodiens, animation japonaise et marges espagnoles
Seront ainsi projetés, parmi bien d’autres : « Le royaume des chats », « Princesse Mononoké » ou « Tokyo Godfathers » ; « M le maudit », « Chasse à l’homme » ou « La cinquième victime » et les raretés d’outre-Pyrénées « Barcelona Sur », « Exorcismo » ou « Poppers ».

« Horus, prince du soleil », de Isao Takahata, 1968. Studio Ghibli
En détaillant une partie des réjouissances à venir, Franck Lubet, responsable de la programmation, ne s’est pas départi de son humour souvent ravageur. N’aimant pas l’appellation « films de patrimoine », il a réaffirmé que la Cinémathèque de Toulouse « n’est pas un musée mais une galerie » et dit vouloir « aller vers les marges », « rester à l’avant-garde » dans le droit fil(m) de la philosophie des origines, celle du fondateur Raymond Borde il y a plus de 60 ans. Parmi « les choses que vous ne verrez nulle part ailleurs » figurent Marguerite Duras (on est prié de ne pas dormir), le « cinéma des luttes » de Jean-Pierre Thorn, « les coups de pied dans la fourmilière » de Céline Sciamma, l’œuvre expérimentale de Pere Portabella (« pas de l’art et essai, du hard et essai » !)
« Grand écart facial »
Ce qui, associé aux rétrospectives Melville, Fincher ou Visconti, donne l’idée d’un « grand écart facial à la Jean-Claude Van Damme », rigole Franck Lubet. Qui ajoute, pour bien enfoncer le clou, qu’à Toulouse « on marquera les 30 ans de la mort de Marguerite Duras quand d’autres (en l’occurrence la Cinémathèque Française, à Paris, NDLR) ont fêté le centenaire de la naissance Marilyn Monroe. » A sa manière, l’équipe de la Cinémathèque de Toulouse ne fera donc pas « que ce qui marche » mais proposera d’imaginatifs chemins de traverse avec des thématiques sur les films de mafia, ceux où le skate joue un rôle central et les rares documentaires féminins de l’époque de la RDA. Outre les classiques festivals Synchro (ciné-concerts), Extrême cinéma (de retour après deux ans d’absence, durant les travaux de rénovation) et Cinéma en plein air, Franck Loiret a annoncé trois rendez-vous supplémentaires : Docurama, qui fera une place régulière, comme son nom l’indique, aux documentaires ; Unik, projections de films surprises dont la Cinémathèque de Toulouse possède l’unique copie, et Retour d’Acid, ouvert au jeune cinéma défendu par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion.
Cinémathèque de Toulouse (64, rue du Taur). Tarifs : de 5 euros à 9 euros la séance. Abonnements annuels : 150 euros (50 euros pour moins de 18 ans et étudiants). Cartes 10 séances : 65 euros (30 euros pour moins de 18 ans et étudiants).

