Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Rocco et ses frères de Luchino Visconti
Italie, début des années 1960, Rosaria Parondi et ses quatre plus jeunes fils – Rocco, Simone, Ciro et Luca (encore enfant) – quittent leur Sud natal pour s’installer à Milan où vit déjà le fils aîné, Vincenzo, récemment fiancé. Au fil du temps, Simone s’enfonce dans une vie faite de petits larcins, noue une relation avec une prostituée nommée Nadia et néglige sa carrière débutante de boxeur. C’est finalement son cadet, Rocco, qui va percer dans le milieu de la boxe et être séduit, deux ans plus tard, par Nadia ayant abandonné la prostitution.

Alain Delon dans Rocco et ses frères
La chute d’un homme, l’ascension d’un autre : en dépit de son titre, Rocco et ses frères, sorti en 1960, se focalise sur deux membres de la fratrie. D’un côté Simone (Renato Salvatori) : alcoolique, violent, voleur, perclus de dettes, jaloux, autodestructeur. De l’autre Rocco (Alain Delon) : beau comme un ange, d’une bonté confinant à la sainteté. Entre eux : Nadia (Annie Girardot), ex-pécheresse et victime sacrificielle. Ce mélodrame familial en forme de tragédie antique se double d’une peinture de l’Italie de l’après-guerre où les grandes villes du Nord attirent les pauvres du Sud.
Réalisme et stylisation
Tourné en noir et blanc, d’une durée de près de trois heures, Rocco et ses frères frappe par son souffle romanesque qui transforme l’histoire d’une famille déchirée par la violence et la passion en une sorte d’opéra funèbre. La mise en scène de Luchino Visconti balance entre réalisme et stylisation tandis que le film – d’une noirceur foncière – s’offre aussi quelques écarts vers la comédie ou la pure romance sans négliger sa dimension politico-sociale.

Non sans didactisme, Visconti fait de Ciro – l’ouvrier doté d’une conscience de classe – son porte-parole face à Rocco, dont la bonté se révèle inapte à changer le monde, et à Simone, à la fois criminel et victime de la société. Cependant, c’est bel et bien de Rocco que la caméra du cinéaste est amoureuse, sculptant le visage et le corps d’Alain Delon avec une fascination que l’on retrouvera de façon plus apaisée, deux ans plus tard, avec Le Guépard. Si l’acteur est de tous les plans ou presque, on n’oublie pas Annie Girardot, qui signe là l’une de ses compositions les plus fortes et émouvantes, ainsi que des seconds rôles (Roger Hanin, Claudia Cardinale) conférant à cette saga sa densité.
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS



















































































































































































































































