Vanessa Caffin publie Le corset aux éditions Héloïse d’Ormesson. Un texte sensible pour reconstruire le passé.

Vanessa Caffin © Philippe Matsas
Vilma est au chevet de son grand-père. Bientôt, il ne sera plus là. Alors la famille fait ses adieux. Au moment de l’embrasser, une dernière fois, le patriarche prononce une phrase énigmatique : « elle finira comme ma mère. » Vilma ne comprend pas, mais l’heure n’est pas au questionnement. Le grand-père rend son dernier souffle et emporte avec lui, peut-être, le plus grand secret familial.
Lever le voile
Vilma propose de rester auprès sa grand-mère. Le temps de préparer les obsèques. Le temps, aussi, d’enquêter. Avant qu’il ne soit trop tard. Mais la grand-mère se mure dans le silence. Enfermée dans sa chambre, elle écoute la voix de son défunt mari, capturée sur d’ancienne cassette. Alors Vilma ne peut compter que sur elle-même et sur ses intuitions. Elle fouille les nombreuses piles d’objets que sa grand-mère a accumulés au fils des ans. Il y en a partout. Ça s’amoncelle, s’accumule, au risque de s’effondrer à tout moment. Comme une mémoire saturée, prête à céder.
Pour l’heure, c’est Vilma qui vacille, prise dans le doute, le chagrin et la difficulté à respirer. Elle souffre de ce mal depuis l’enfance. L’air se retire, le corps cède. Il faut la rassurer, attendre. Son grand-père savait être attentif. Puis l’ex-amoureux était là. Patient, protecteur, avant de se retrouver démuni face à des crises de plus en plus fréquentes. La rupture n’arrange rien. L’incompréhension oscille entre la colère et la tristesse. La perte d’un amour. Mais voilà que l’ex-amoureux réapparaît. Après tout, le grand-père l’aimait beaucoup — et c’était réciproque. Malgré le malaise et la distance, il accepte d’aider Vilma à enquêter. Car, pour une raison obscure, elle est convaincue que découvrir la vérité l’aidera à guérir.
Vanessa Caffin construit un huis clos tendu et délicat qui, au-delà de scruter le passé, dresse des portraits authentiques et sincères d’une génération de femmes restées dans l’ombre, parfois mises au ban de leur propre famille. Corsetées par la société et les conditionnements. Des femmes traversées, emportées et brisées par l’amour. Vanessa Caffin démêle alors, un à un, les récits biographiques avec une écriture à la fois sobre et habitée, où affleure une véritable attention aux silences. Car c’est bien là que se joue le cœur du texte : dans ce que l’on ne dit pas, dans ce qui se transmet malgré tout. Le roman rappelle avec finesse que les non-dits ne disparaissent jamais tout à fait — ils circulent, s’inscrivent dans les corps, et ressurgissent autrement. Un récit envoûtant, porté par une quête transgénérationnelle, où il s’agit moins de révéler que de libérer.
Le corset fait partie de la deuxième sélection du prix de la Closerie des lilas qui sera remis le 5 mai 2026.
Le corset • Héloïse d’Ormesson


