Hildegard Von Bingen comme jamais
Critique.CD. Di van-e-Shohud- The book of vision. Hildegard VON BINGEN : Symphonia harmoniae caelestium revelationum. Eugénie De Mey. Liselot De Wilde. Christos Barbas. Nabil Naïr. Nathan Daems. Illuminans Tenebras.Tristan Driessens. 1 CD La Ramée : RAM 2411. Enregistré du 9 au 11/12/24. Durée : 58’08’’.
La spiritualité de Hildegard von Bingen en musique
Il est bien possible que Hildegard von Bingen soit la femme la plus connue du Moyen Age, hors personnes royales. Cette abbesse qui fût canonisée, aurait pu avoir plusieurs vies tant ses dons sont nombreux. Comme herboriste avant la lettre, elle a décrit les plantes et leurs vertus. Elle avait à sa disposition une pharmacopée enviable et très reconnue.

Musicienne subtile, ses compositions aux notations étranges sont jouées et reconstruites régulièrement par divers ensembles ; sa discographie devient importante. Sa foi inébranlable, chargée de visions complexes, ses voyages sous leur emprise, ses écrits monastiques, ne sont pas oubliés et sont régulièrement réédités. Poétesse, peintre et musicienne. On ne peut imaginer plus grande érudition. Et c’est encore plus exceptionnel pour une femme au Moyen Age.
Que nous apporte l’enregistrement présent ? C’est à la fois simple et complexe. Le ressenti à l’écoute est un véritable voyage dans le temps et l’espace. Le Moyen Age et l’Orient se fusionnent. Tristan Driessens qui dirige le groupe Illuminans Tenebrans a fait des choix très étonnants et qui se révèlent géniaux. Les monodies vocales sont accompagnées par des instruments venus du fond des temps. Le Ney, flûte fragile en roseau, et le Oud ancêtre du Luth. Passant de l’orient à l’occident ses deux instruments peuvent encore nous séduire et nous émouvoir grandement aujourd’hui. Utilisant le Ney parfois comme une percussion, le Oud en mélopée et les voix seuls ou à deux, toutes sortes de couleurs sont produites. Les voix féminines, une grave, une aigue, sont au bord du timbre et ne sont jamais projetées. Elles flottent, s’élèvent dans l’air avec une grande pureté. Il ressort de l’écoute une paix, une élévation bienheureuse. Comme si une sorte de magie bienfaisante agissait. Dans cette étrange écoute il est possible de percevoir quelque chose de la spiritualité profonde de Sainte Hildegarde. L’orient apporté par les instruments élève cette spiritualité qui dépasse le catholicisme.


Ici la beauté du monde est célébrée sans limites. Nous avons urgemment besoin de cette sorte de musique en ces temps si incertains et obscurs.
La prise de son est très proche des voix et des instruments. Le peu de réverbération rend les interprètes très amicaux. Une sorte d’apesanteur se dégage de la prise de son, rien ne pèse, rien ne force l’écoute.
Le livret qui accompagne le CD est généreux en illustrations et le texte traduit en français apporte beaucoup sur le contexte de l’enregistrement et le projet artistique. La traduction des chants est passionnante.

Cet enregistrement apporte une vison très singulière de la musique de Hildegard von Bingen, pleine de beauté et de bonté. Voilà un très bel hommage à la spiritualité musicale de la Sainte.
Hubert Stoecklin
