Deux nouvelles expositions de photographie sont proposées actuellement à Paris : « Penn & fashion » (traduction : Irving Penn et la mode) à la MEP et « Photographies japonaises » à la BNF Mitterrand. Nous les avons visitées.

« Harlequin Dress (Lisa Fonssagrives Penn) », New York 1950. Photo Irving Penn/Collection Irving Penn Foundation/Condé Nast
Irving Penn (1917-2009) et Richard Avedon (1923-2004) figurent parmi les plus grands photographes américains du XXe siècle. Ils furent aussi les plus ouverts à tous les genres, ce que de nombreuses expositions ont permis d’explorer au fil du temps. Il y a 9 ans, le Grand Palais, à Paris, avait organisé une éblouissante rétrospective Penn. On y admirait bien sûr ses photographies de mode pour le magazine « Vogue » (60 ans de collaboration) mais aussi tous les autres « aspects de sa recherche permanente sur les visages, les silhouettes, les postures et les parures », à savoir des portraits sublimes, de stars comme d’inconnus, des nus généreux et des natures mortes aux couleurs éclatantes.

Vue de l’exposition. Photo Quentin Chevrier/MEP
Avec l’exposition « Penn & fashion », qui vient de commencer à Paris, la Maison européenne de la photographie effectue une sorte de « rétropédalage » quelque peu réducteur. Comme le titre l’indique, il s’agit là de se concentrer sur les travaux consacrés à la mode, de 1947 à 2008, de Christian Dior à Issey Miyake. On retrouve Irving Penn magnifiant ses modèles préférés des années 1950, dont sa future femme Lisa Fonssagrives, dans un noir et blanc somptueux. Le studio est son univers préféré mais le photographe ne dédaigne pas confronter le luxe des tenues au bouillonnement de la rue. Aux images les plus connues, réalisées pour « Vogue » et d’une beauté froide qui peut laisser de marbre, on peut préférer, celles, plus originales, qui vont vers l’abstraction.

« Woman In Feather Hat ». New York 1991. Photo Irving Penn Penn/Nicola Eli Collection/Zug/
Condé Nast
On y voit par exemple, flouté par le verre d’une bouteille, un homme allumant la cigarette d’une jeune femme (1949) ou la même Jean Patchett, modèle fidèle, buvant, de profil, un verre de lait (1950) et puis aussi un modèle arborant une coiffe à plumes Chanel lui cachant le visage (1994). De loin en loin, l’exposition fait une entorse bienvenue à son propos avec la découverte des peuples autochtones à Cuzco (1948) ou le fameux portrait de Picasso au chapeau (1957).
Le pari de la découverte
L’approche de la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, est à l’opposé de celle de la MEP avec l’exposition « Photographies japonaises ». Puisant dans un fonds de plus de 4000 épreuves réalisées par 200 auteurs entre 1945 et 2025, l’institution met en valeur son impressionnante collection et fait le pari de la curiosité du public en réunissant une grande majorité d’inconnus.

« Paysage de dunes avec ma femme », Serie Sable et dunes. 1950. Photo Shoji Ueda
Les amateurs un peu pointus auront beaucoup de plaisirs à retrouver l’œuvre poétique de Shoji Ueda (un de ses paysages de dunes un brin surréaliste illustre l’affiche et la couverture du catalogue de l’exposition), les nus architecturés de Eikoh Hosoe ou le Paris rêveur de Keiichi Tahara (les trois artistes ont déjà été exposés, il y a bien longtemps, au Château d’Eau, à Toulouse).

« Familiar Street Scenes 3 ». Vers 1978-1979. Photo Estate Shigeo Gochō/MEM Tokyo.
Pour le reste, la découverte sera quasi-totale, dans le registre du documentaire humaniste (dont un étonnant regard à la Doisneau sur Paris), de « l’étrangeté du quotidien », du monde calligraphié (influence de l’estampe) ou des paysages saisis dans une approche spirituelle « sensible et impalpable ». A noter le soin apporté à la scénographie de l’exposition, dont les panneaux centraux sont conçus comme les cloisons en papier des maisons japonaises traditionnelles.
Les singes, « âmes pures » de Yamamoto Masao
La visite à la BNF est à compléter par « Saru », le nouvel ouvrage d’un des artistes sélectionnés, Yamamoto Masao, dont on admire depuis des années les miniatures épurées, sources de paix intérieure, notamment présentées à la galerie Camera Obscura, à Paris. Le photographe a une ligne de conduite toute simple : « chérir la vie qu’on a juste sous nos yeux ».

« Saru ». Photo Yamamoto Masao
Ce qu’il fait en observant des singes, ces « âmes pures » qui vivent dans la montagne enneigée, près d’une source thermale, dans la région de Tokyo. Les animaux s’amusent, grignotent ce qu’ils trouvent dans la terre, se réchauffent les uns contre les autres. En eux, Yamamoto Masao, voit « l’innocence des jeunes en train de jouer, la tendre affection entre les parents et leurs petits, la façon dont ils semblent entrer en méditation lorsqu’ils se baignent dans les sources chaudes. En leur présence apparaît l’image du bouddha Amida tout illuminé (…) Ils nous rappellent l’essence profonde de l’existence. » Le livre « Saku » reflète l’état d’esprit de Yamamoto Masao, dans une succession de merveilleuses images noir et blanc aussi simples que profondes.
« Penn & fashion », jusqu’au 17 janvier 2027 à la Maison européenne de la photographie, Paris.
« Photographies japonaises de la Bibliothèque nationale de France », jusqu’au 31 janvier 2027 à la BNF Mitterrand, Paris.
Livre « Saru », de Yamamoto Masao (Textuel, 104 pages, 50 euros).


