Alors qu’approche le festival Cinespaña (du 2 au 11 octobre dans diverses salles de Toulouse) sort en DVD le dernier film de Pedro Almodovar, « Autofiction », qui traite justement de la difficulté de faire des films très personnels sans pour autant pomper ses proches jusqu’à la moëlle.

Leonardo Sbaraglia dans « Autofiction ». Photo El Deseo/Iglesias Mas
Le cinéma qui parle de cinéma est un genre en soi, qui des « Ensorcelés », de Vincente Minnelli, à « La nuit américaine », de François Truffaut, en passant par « Once upon a time in Hollywood », de Quentin Tarantino, à produit son lot de grands films voire de chefs-d’œuvre. Malheureusement, ce qui excite les spectateurs de festivals est rarement gage de succès commercial. Il en a été ainsi, récemment, pour « Nouvelle vague », de Richard Linklater, ou « Autofiction », de Pedro Almodovar, dont la contreperformance lors de sa sortie post-cannoise a certainement déçu le réalisateur. La star du cinéma espagnol a dû faire face à un certain manque de curiosité des spectateurs, ces derniers imaginant une redite de l’excellent « Douleur et gloire » (2019). Et à la concurrence, sur la Croisette, de « L’être aimé », de Rodrigo Sorogoyen, traitant d’un sujet similaire, à savoir les tourments d’un réalisateur (le film n’a pas non plus fait des étincelles à sa sortie).
Un scénario en forme de poupées gigognes
Pour autant, faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Pas vraiment car, malgré quelques tics (dont l’obsession d’Almodovar pour les appartements luxueux et l’association des couleurs, qui finit par faire toc), « Autofiction » reste une captivante introspection en forme de poupées gigognes. C’est ainsi que Raül, cinéaste fêté dans les festivals mais en panne créative s’inspire des malheurs d’une proche collaboratrice pour raconter l’histoire d’Elsa, une jeune réalisatrice de publicités qui aimerait revenir au long métrage, des années après deux films culte, « échecs commerciaux admirés par une poignée de fans ». Elle-même s’inspire d’une amie mannequin qui a sombré dans la dépression après la mort de son enfant…
De Madrid à Lanzarote
Certes, Almodovar complique de façon artificielle son histoire. Et il faut être a priori intéressé par les préparatifs toujours chaotiques d’un film, donc plutôt cinéphile, pour se passionner pour les tourments d’un scénariste et metteur en scène. Pour autant, « Autofiction » tient la route, de Madrid à Lanzarote (sublime scène dans les rochers volcaniques de l’île des Canaries) par la grâce des comédiens (notamment les peu connus chez nous Leonardo Sbaraglia, Barbara Lennie, Altana Sanchez-Gijon et Victoria Luengo), toujours formidables chez Almodovar, la finesse des dialogues et la majesté de la musique, signée du complice Alberto Iglesias, complétée par des chansons bouleversantes de Chavela Vargas, dont le classique « La Llorona ». Menu suffisamment consistant pour aimer ce film en partie rejeté lors du dernier Festival de Cannes. En attendant la suite (mais pas dans le monde du cinéma SVP !), avec un nouveau mélodrame dont Almodovar a le secret. Et enfin, peut-être, une Palme d’or à la clé.
« Autofiction », de Pedro Almodovar (DVD, BluRay et VOD Pathé).

