Entretien avec Jean-Marc Andrieu, directeur artistique
Depuis plus de quarante ans, l’association Les Arts Renaissants propose une série de concerts de prestige à Toulouse. Longtemps consacrée aux musiques anciennes dans le cadre feutré du salon rouge du musée des Augustins, la programmation s’est ouverte petit à petit à d’autres lieux et à un répertoire plus large, incluant même parfois le jazz et les musiques du monde. Entretien avec Jean-Marc Andrieu, directeur artistique des Arts Renaissants.

Jean-Marc Andrieu ©JJ Ader
Vous avez repris la direction artistique des Arts Renaissants il y a quelques années. Vous êtes-vous inscrit dans une certaine continuité concernant les grands axes de la programmation ou avez-vous souhaité les faire évoluer ?
Ma volonté a d’abord été d’assurer une continuité dans les fondements de la programmation des Arts Renaissants. C’est une institution qui a fait ses preuves en proposant toujours des concerts de très bonne facture, je ne voyais donc pas l’utilité de remettre en cause ce qui fonctionne bien. J’ai tenu à m’intégrer à l’équipe en respectant la ligne artistique de l’association et les valeurs qu’elle promeut : l’accessibilité, la curiosité, l’excellence et la découverte, à travers la mise en avant de jeunes talents.
L’originalité n’est cependant pas interdite, on l’a encore vu en mars dernier lorsque nous avons invité le formidable pianiste de jazz cubain Rolando Luna, dans la mesure où elle est portée par des musiciens et des formations de qualité. En tant que directeur artistique, je suis intransigeant sur cet aspect des choses, d’autant plus que je sais à quel point le public toulousain est connaisseur et exigeant.
Il y a aussi, semble-t-il, la volonté de programmer des artistes de notre région, au moins lors d’un concert de la saison.
Oui, et c’est un choix que nous assumons totalement. Nous voulons mettre en valeur des musiciens formés dans notre région, qui réussissent et sont engagés dans de belles carrières. Nous en intégrons toujours un ou une, voire plusieurs, dans notre programmation. C’était par exemple le cas du jeune pianiste Constant Despres la saison dernière et de la violoniste Manon Galy la saison d’avant.
Votre saison s’étale de novembre à avril et compte six concerts, tous ayant lieu un mardi à 20 h. Le premier est donné le 10 novembre à l’auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines. Nous allons y entendre Les Passions, l’orchestre que vous avez fondé en 1986 et que vous dirigez encore aujourd’hui, associé au chœur Dulci Jubilo de Christopher Gibert. Le programme que vous proposez est sous-titré « 1643, l’héritage italien ». Pourquoi avoir retenu ce sous-titre, assez intrigant ?
Avant de répondre à cette question, je tiens à dire que j’ai accepté de participer à ce concert pour répondre à la demande de l’équipe des Arts Renaissants qui voulait programmer Les Passions à l’occasion des quarante ans de la création de l’orchestre. Je ne le souhaitais pas, étant donné ma fonction dans l’association, mais après réflexion j’ai finalement donné suite à leur proposition dont je les remercie chaleureusement.
Ce programme a donc été élaboré avec Christopher Gibert et son chœur Dulci Jubilo. Le « 1643 » du sous-titre renvoie à l’année de la mort de Claudio Monteverdi… qui est aussi celle de la naissance de Marc-Antoine Charpentier. Quant à « L’héritage italien », c’est pour rappeler que Charpentier est le plus italien des compositeurs français et que la transmission stylistique entre les musiques italienne et française s’est faite par l’entremise de Giacomo Carissimi qui fut son professeur à Rome. Il fut un maître du contrepoint et de la polyphonie, notamment auteur de l’oratorio Jephté, un des grands chefs d’œuvre du début du baroque.
Nous montrons cette transition de style qui part de Monteverdi, à travers deux pièces magnifiques : Les Litanies à la Vierge et le Beatus Vir, passe par Carissimi et son Jephté, et aboutit à Charpentier et ses Litanies à la Vierge Marie. Pour ce concert, nous allons nous produire avec six chanteurs, deux violons, une viole de gambe et un orgue. Ce programme a déjà pas mal tourné et obtenu beaucoup de succès partout où nous l’avons joué.
Je précise que Christopher Gibert est un talent formé et établi dans notre région. Originaire de Rocamadour, il a été élève au CRR de Toulouse et son choeur Dulci Jubilo est basé à Montauban, comme Les Passions. Je peux d’ailleurs annoncer que nos deux ensembles vont fusionner ; l’association Les Passions sera mise en sommeil et tout le patrimoine de l’orchestre va être transféré vers Anima Nostra, la structure qui gère Dulci Jubilo.

Les Passions / Dulci Jubilo © Alex J Overton
Le concert suivant est programmé le 15 décembre à l’église Saint-Jérôme. Vous y accueillez l’ensemble La Rêveuse. C’est une première à Toulouse pour cette formation sur instruments anciens.
Oui, et c’est une chance parce que ce sont de merveilleux musiciens que j’admire énormément. Kôske Nozaki est un virtuose de la vielle à roue et de la musette de cour, deux instruments qui ont une connotation traditionnelle mais qui s’intègrent parfaitement dans la musique baroque. Il joue aussi de la flûte à bec et du flageolet. Florence Bolton est une excellente violiste et Benjamin Perrot un remarquable théorbiste.
Ils forment un trio que nous sommes très heureux d’accueillir pour un programme baroque français très « champêtre », qui sort un peu des sentiers battus. Ils vont jouer des pièces de François Couperin, Joseph Bodin de Boismortier et Nicolas Chédeville le Cadet. Les deux derniers sont plutôt méconnus, dans l’ombre des grands compositeurs français de leur époque, mais leur musique est très belle et très expressive. Un vrai concert-découverte que je recommande tout particulièrement.

La Rêveuse – Les oiseaux, Kôske Nozaki @ Arnaud Kehon
Le troisième concert de la saison est donné le 19 janvier 2027 à l’auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines par le duo que constituent le Toulousain Thibaut Garcia et son ami de longue date, Antoine Morinière. Au programme, leur magnifique version des célèbres Variations Goldberg arrangées pour deux guitares.
Extraordinaire version, et je pèse mes mots. Faire sonner ainsi à deux guitares Bach et ses Variations Goldberg, c’est phénoménal. Ils les ont déjà jouées la saison dernière à Toulouse, quelques semaines après la parution de leur CD unanimement salué par la critique, mais nous n’avons pas résisté à l’envie de les inviter de nouveau dans la ville rose. Leur concert avait été donné à guichets fermés et beaucoup de gens n’avaient pas pu y assister. Je suis certain que tous les Toulousains frustrés de ne pas les avoir entendus ce soir-là seront au rendez-vous le 19 janvier prochain, à Saint-Pierre-des-Cuisines.

Thibaut Garcia et Antoine Morinière © Simon Fowler
Le 23 février, encore à l’auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines, vous recevez un autre duo, piano/voix celui-ci, formé par la mezzo-soprano Maria Mirante et le pianiste Paul Beynet. Leur programme est sous-titré « Voyage en Italie ».
Ces deux musiciens forment même un couple à la scène et à la ville, selon l’expression consacrée. Ils présentent une sorte de panorama de l’opéra italien, depuis ses origines avec Caccini à la fin du XVIe/début XVIIe siècle, auteur des premiers airs de cet art du chant italien qui mènera au Bel Canto. Maria Mirante et Paul Beynet vont interpréter aussi des airs de Caldara, Haendel, Mozart, qui fut très influencé par la musique et l’opéra italiens, Glück, Rossini, Donizetti et Bellini. Il est prévu également un petit intermède de piano seul durant lequel Paul Beynet jouera du Chopin. Pour l’anecdote, ce pianiste est originaire de Brive et il a été étudiant pendant quelques années au CRR de Toulouse.

Maria Mirante et Paul Beynet
Le Poème Harmonique, l’ensemble sur instruments anciens fondé et dirigé par le théorbiste Vincent Dumestre, est en concert le 16 mars à l’église Saint-Jérôme. Voilà des valeurs sûres et une formation et un musicien que vous connaissez depuis longtemps.
J’ai connu Vincent Dumestre il y a une trentaine d’années et il a même participé jadis à certains concerts des Passions. Je suis donc de près tout ce qu’il fait avec son ensemble Le Poème Harmonique et je me réjouis vraiment d’avoir pu les inviter dans la saison des Arts Renaissants pour y faire entendre ce bijou que sont les Leçons de ténèbres de Michel-Richard de Lalande. Il y a aussi au programme de cette soirée des extraits des Méditations pour le Carême de Marc-Antoine Charpentier, une pièce rarement donnée en concert.

Vincent Dumestre © Jean-Baptiste Millot
Le dernier rendez-vous de la saison 26/27 est fixé le 27 avril à l’auditorium Saint-Pierre-des-Cuisines avec le Quatuor Métamorphoses pour un « Hommage à Beethoven » dont nous commémorons cette année le 200e anniversaire de la mort.
Eh oui, et l’association Les Arts Renaissants se devait de participer aussi à cette commémoration en rendant hommage à cet immense génie de la musique. Nous le faisons en programmant un quatuor à cordes, sachant que notre pays produit régulièrement d’excellents ensembles dans cette forme musicale très exigeante. Le Quatuor Métamorphoses fait partie aujourd’hui des tout meilleurs du genre en France et c’est un grand plaisir pour nous de les accueillir à Toulouse. Ils vont jouer les Quatuor op. 18 n° 5 et Quatuor op. 59 n° 1 de Beethoven pour une clôture de saison en apothéose !

Quatuor Métamorphoses
Entretien réalisé par Éric Duprix
• Brochure de la saison 2026-2027



