Alors que les festivals souffrent, il en est un qui se développe à merveille, celui de Luchon intitulé Cosmojazz. Sa 3e édition, qui se termine dimanche 2 août, a déjà offert de magnifiques concerts, dans la cité thermale et dans les montagnes alentour. Un miracle que l’on doit à André Manoukian, son inspirateur, et à Marie Séguret, son importatrice en Haute-Garonne.

Comme en politique, il est souvent périlleux de parachuter des hommes, fussent-ils reconnus ailleurs, dans de nouvelles contrées. Parfois, pourtant, l’opération séduction fonctionne à plein, ce qui est le cas d’André Manoukian, dont le Cosmojazz imaginé il y a 16 ans à Chamonix connaît une formidable extension à Luchon. En seulement trois éditions, la version haut-garonnaise a tout d’une grande. En ville comme en montagne, l’organisation est aux petits oignons, qu’il s’agisse de l’accueil du public (jusqu’à 2500 spectateurs dans le parc des thermes), du travail technique (et notamment celui sur le son, remarquable, y compris en pleine nature)et, bien sûr de la programmation, aussi éclectique qu’étonnante, il n’y a rien à redire si ce n’est bravo, bravo et encore bravo !

Fiesta explosive
Dès l’ouverture, le quartette La Sultane d’André Manoukian a donné le ton, celui d’une musique se nourrissant de bien des influences, jazz, certes mais aussi orientales ici et puis africaines ou sud-américaines ailleurs. Vendredi, plusieurs centaines de spectateurs ont grimpé jusqu’au lac d’Oo pour applaudir le duo formé par Matheus Donato (et sa petite guitare appelée cavaquinho) et Guillaume Latil (au violoncelle). Dans ce cadre impressionnant, la musique s’est faite douce et tendre, entre classique et influences brésiliennes. Le soir, retour au bout des allées d’Etigny avec deux concerts très différents, celui folk et pop de la chanteuse Sarah Lenka, porte-parole bouleversante des femmes d’hier et d’aujourd’hui, et l’explosive fiesta déployée par Pulciperla, réunion improbable mais terriblement énergisante des jazzeux un peu foldingues de Pulcinella (dont l’infatigable saxophoniste Sébastien Doumerc) et du diabolique trio féminin colombien La Perla. Sacré mélange, jusqu’au rock et à l’electro, qui a bigrement secoué la nuit Luchonnaise.

En montagne, au cœur des éléments
Un autre cadre somptueux, celui de l’Hospice de France, point de départ vers les hauts sommets, a accueilli samedi midi le concert en altitude de la chanteuse Awa Ly. En compagnie de Lucie Cravero (violoncelle et chœurs) et Jean-Baptiste Soulard (guitare, claviers et chœurs) l’artiste a développé la thématique de son dernier album consacré aux quatre éléments. Sous un chaud soleil, à peine adouci par le vent, non loin d’un ruisseau bondissant, alors que passaient d’inoffensifs nuages, Awa Ly s’est fondue de sa voix superbe dans un environnement exceptionnel, consciente, comme le public assis dans l’herbe, de vivre là un moment rare – un moment de grâce – comme Cosmojazz sait en créer.


