Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Risa, âgée de vingt-cinq ans, habite dans le quartier de Gravesend à Brooklyn. Mariée à Sav Franzone, petite frappe vivotant de coups minables, elle est la mère d’un fils de huit mois, Fab. Un soir, alors que sa sœur cadette, Giulia, jeune femme bohème, est venue se réfugier chez elle après une énième déception sentimentale, Sav surgit. Ivre, violent, muni d’un pistolet qu’il a pointé sur sa femme et son bébé, il s’apprête à quitter la ville en compagnie de sa maîtresse et de quelques milliers de dollars, fruits d’un cambriolage. Une altercation naît avec sa belle-sœur qu’il est sur le point d’étrangler avant que Risa ne lui assène un coup avec une poêle. Dans la chute, la tête de Sav heurte la table. Plutôt que d’appeler les secours, Risa et Giulia se tournent vers Christopher, alias Chooch, voisin et ami d’enfance de Sav. Après avoir constaté le décès, le trio décide de taire ce meurtre accidentel et de faire disparaître le cadavre. Officiellement, Sav aura quitté femme et enfant sans jamais donner de nouvelles.

William Boyle © Gallmeister
Cependant, ce pacte de sang scellé par le secret sera mis à mal au fil des années. Roberto, le frère de Sav, refait surface après des années d’absence et soupçonne quelque chose de louche. Un prêtre porté sur la boisson et criblé de dettes de jeu se transforme en maître-chanteur. Sandra, la maîtresse de Sav, est persuadée qu’il a été assassiné. Quant à Fab, il grandit avec cette figure de père absent qui l’a abandonné.
Regrets
Sixième roman de l’Américain William Boyle, Une affaire de famille, sorti voici quelques jours, retrace une tragédie en plusieurs actes à travers quatre époques (1986, 1991, 1998 et 2004) au cours desquelles le mensonge, le passé mal enfoui, la culpabilité vont faire leur œuvre. L’écrivain, qui est né et qui a grandi dans le quartier qu’il décrit, met en scène une communauté italo-américaine soudée par les liens du sang et la religion. Les mariages enterrent les illusions. Un creuset de douleur circule dans l’air. Evidemment, la mafia n’est jamais très loin.
Au-delà du visage d’une ville et de sa gentrification, ce roman noir évoque les amours perdues, les vies que l’on aurait pu avoir, les crimes des parents qui rejaillissent sur les enfants. Les regrets s’amoncellent. Tout ça pour ça. On songe au Mystic River de Dennis Lehane pour ce sentiment de gâchis et de dévastation qui serre le cœur.
Une affaire de famille • Gallmeister


