Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Théorème de Pier Paolo Pasolini
Sorti en 1968, Théorème marqua durablement son époque et devint des années durant l’un des emblèmes d’un cinéma radical dans sa forme comme dans son propos. A des scènes d’ouverture mêlant couleur et noir et blanc, aspect documentaire et clin d’œil au cinéma muet succède le récit de l’arrivée dans une famille de la grande bourgeoisie de Milan d’un mystérieux étranger baptisé « le Visiteur ». La domestique, le fils, la fille, la mère et le père finissent chacun par succomber – de façons diverses et notamment sexuelle – à l’attraction exercée par cette sorte d’ange déchu, à la fois révélateur et libérateur. Puis, l’homme disparaît subitement et les membres de la famille se retrouvent face à un vide, une crise existentielle et morale qu’ils affronteront de manière inattendue…

Loin de l’influence néoréaliste d’Accatone et de Mamma Roma ou du classicisme austère de L’Evangile selon saint Matthieu, Théorème épouse un avant-gardisme esthétique et narratif typique de la modernité de son temps. Le côté obscur, voire abscons, du scénario et des scènes déroutantes, sinon absurdes (la scène de lévitation de la bonne), prêtent le flanc à l’exégèse – exercice auquel les critiques et les admirateurs de Pasolini se plieront volontiers – mais on peut considérer que tout cela a terriblement vieilli.
Intrusion du métaphysique
L’aura de Théorème, au-delà du parfum de scandale, dut beaucoup à son casting : la star britannique Terence Stamp, la diva italienne Silvana Mangano, la jeune Française Anne Wiazemsky (égérie de Robert Bresson et de Jean-Luc Godard), sans oublier Laura Betti et Massimo Girotti. Une musique originale d’Ennio Morricone croise la messe de Requiem de Mozart. Des plans dans un désert sont accompagnés par une voix off lisant des passages de La Bible. Des références à la traditionnelle lutte des classes se marient à la libération sexuelle à l’œuvre lors en Occident. On comprend que ce gloubi-boulga de cinéma conceptuel ne laissa pas indifférent.

Si Pasolini prend ici pour cible la bourgeoisie, et à travers elle la vanité des possessions matérielles, les réponses qu’il leur oppose (la foi, le dépouillement…) n’obéissent pas vraiment à la doxa des idéologies progressistes ou révolutionnaires de l’époque. Imprégné de marxisme autant que de catholicisme, Pasolini – artiste inclassable et d’une liberté rare – résumait d’ailleurs ainsi le propos de son film : « Dans une famille bourgeoise, arrive un personnage mystérieux qui est l’amour divin. C’est l’intrusion du métaphysique, de l’authentique, qui vient détruire, bouleverser une vie, qui est entièrement inauthentique ».
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS


































































































































































































































