Adapté du roman de Laurent Mauvignier, « Histoire de la nuit », de Léa Mysius, lui est fidèle tout en étant très différent. En quelques heures, la vie tranquille d’une petite famille et de leur voisine tourne au cauchemar. Un thriller rural bien accueilli au dernier Festival de Cannes et qui aurait mérité le prix de la mise en scène.

Bastien Bouillon dans « Histoire de la nuit ». Photo Film par Film, F3 Cinéma, Division Stars
Une petite fille est griffée par un chien qui la connaît pourtant bien. Sa mère se blesse à la main à cause d’un cric mal positionné, la nuit, sur une route de campagne. Quant au chien, on le retrouve égorgé dans une étable… Trois scènes brèves, trois chocs rouge sang qui mènent au drame à venir, celui d’un petit groupe de personnes séquestrées dans leur ferme par un trio de frères sortis de nulle part. Que veulent-ils ? Pourquoi fonctionnent-ils à la violence ? Qu’ont-ils à gagner à s’en prendre à une famille sans fortune ? Tout juste peut-on dire qu’ils ont un lien ancien avec la mère de famille (Hafsia Herzi, à la fois forte et fragile), dont on comprend qu’elle a voulu un jour changer de vie…
Le lourd secret d’une mère de famille
Cette intrigue est celle imaginée par Laurent Mauvignier dans son roman « Histoire de la nuit », paru en 2020. La scénariste et réalisatrice Léa Mysius la respecte scrupuleusement dans son adaptation au cinéma. Les personnages sont là, tels que les lecteurs avaient pu les imaginer : mère énergique cachant donc un lourd secret, père éleveur de bovins noyé dans les dettes (Bastien Bouillon dans un rôle ingrat de taiseux dépassé par les événements), petite fille vigoureuse, prénommée Ida en référence à la chanson de Rachid Taha, voisine peintre (Monica Bellucci, hiératique et tourmentée) qui n’arrive plus à vendre ses toiles. Les méchants le sont jusqu’au bout des ongles, fratrie dysfonctionnelle dirigée par l’aîné (Benoît Magimel), brute épaisse qui se fait anaconda mielleux pour mieux étouffer ses proies.
Augmenter la pression jusqu’à l’incandescence
Si Léa Mysius a repris fidèlement la sombre histoire de Laurent Mauvignier, son style est aux antipodes. L’écriture de l’ancien toulousain agissait comme un poison lent, s’attardant sur le moindre détail, prenant le temps de longues descriptions. Après une nécessaire mise en place, la réalisatrice choisit d’augmenter la pression jusqu’à l’incandescence. Elle a le sens de l’image qui claque, de l’enchaînement implacable, de l’accélération du mouvement. En moins de deux heures, elle nous saisit au col et ne nous lâche plus. La musique de Florencia Di Concilio y participe grandement, brutale et parfois stridente, la photographie de Paul Guilhaume aussi, qui creuse la profondeur de la nuit comme le regard bleu clair si trompeur de Benoît Magimel.
« Histoire de la nuit », de Léa Mysius, au cinéma le 16 septembre.

