Beau portrait d’une chirurgienne en pleine crise existentielle, « La vie d’une femme », de Charline Bourgeois-Taquet, donne une nouvelle occasion à Léa Drucker de montrer l’étendue de son répertoire, entre force vive et fêlures qui fissurent peu à peu toutes ses certitudes.

Léa Drucker et le toujours excellent Laurent Capelluto. Photo Pyramide Distribution
Ses collègues l’appellent « le bulldozer ». Cheffe du service de chirurgie maxillo-faciale dans un grand hôpital parisien, Gabrielle mène sa vie professionnelle à toute allure, alternant opérations délicates, réunions pour galvaniser ses troupes et interminables discussions budgétaires avec l’administration. Elle vit un couple avec un homme, père de deux adolescents, qui se sent souvent délaissé. Gabrielle a fait le choix de ne pas avoir d’enfant, pas seulement pour prioriser sa carrière mais parce qu’elle en a eu assez de « porter » une bonne partie de son entourage, dont une mère longtemps immature, aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer. L’irruption d’une romancière en immersion dans son quotidien de médecin va mettre ses certitudes à rude épreuve…
Détermination, exigence et empathie
Cheffe infirmière dans le trépidant « L’intérêt d’Adam », de Laura Wandel, membre intègre de la Police des polices dans « Dossier 137 » (qui lui a valu un César d’interprétation cette année), Léa Drucker est l’élément majeur de « La vie d’une femme ». Elle sait suggérer, en toute subtilité, combien son personnage est fait de détermination, de force de caractère, d’exigence mais aussi d’empathie, de tendresse et de désir. Sa voix, son regard, ses gestes, entre course folle et moments d’épuisement, nourrissent un rôle écrasant qu’elle porte avec fièvre.
Formidable Marie-Christine Barrault
A ses côtés, Laurent Capelluto (en adjoint attentif) et Charles Berling (en compagnon dépassé) sont parfaits. Quant à Marie-Christine Barrault (en mère dont la mémoire s’effiloche) elle est exceptionnelle, trouvant ici l’un de ses plus beaux rôles. Mélanie Thierry semble moins à son aise, il est vrai confrontée à un personnage (celui de la romancière en immersion) qui paraît bien cliché par rapport à la justesse de la description du monde hospitalier. Personnage qui pâtit aussi d’être au cœur de la passion qu’elle a pour Gabrielle, « rebondissement » terriblement téléphoné. Ce sera la seule réserve concernant un film qui tient remarquablement son propos, à savoir de vibrer au plus près d’une femme tourmentée donnant le change chaque matin quand elle enfile la blouse blanche.
« La vie d’une femme », de Charline Bourgeois-Taquet, actuellement au cinéma.

