Le festival de photographie Map Toulouse s’est installé cette année dans l’ancienne caserne Vion où sont proposées plusieurs expositions dont celles d’Edward S. Curtis, qui passa sa vie à rendre hommage aux Indiens d’Amérique, et de Christophe Brachet, adepte des plateaux de cinéma. Mais arrêtons-nous sur l’accrochage éphémère organisé au Château d’Eau par le collectif Poda, initié par Gilles Coulon et Michel Bousquet. L’occasion, tout à fait réjouissante, de découvrir, dans une profusion de petits formats, le travail d’une vingtaine de photographes contemporains et de renouer avec deux de leurs aînés, Robert Doisneau et William Klein.

Des images iconiques de William Klein.
Poda signifie La Petite œuvre d’art, ce qu’elle est par son format carte postale (9 x 12 cm) mais certainement pas par l’intérêt artistique qu’elle représente. Installé à Sète, le photographe Gilles Coulon en a eu l’idée avec son confrère Michel Bousquet. « Nous voulions rendre la photographie plus accessible, y compris en termes de prix, explique le premier. Et créer avec elle un rapport plus intime, ayant constaté que les visiteurs d’expositions sont plus attentifs quand les images sont en petit format. »
Un beau cadeau à 59 euros
Le duo a convaincu plusieurs amis de participer à l’aventure, chacun ayant le choix du papier mais tous devant faire appel au « travail de qualité du laboratoire Picto à Paris ». Alors que des tirages en galerie coûtent rarement moins de 1000 euros, Poda les propose au prix unique de 59 euros « dans des éditions non signées et non limitées ».

Des dizaines d’images à découvrir de près au Château d’Eau. Photo Culture 31
Sur les cimaises du Château d’Eau, et seulement pour trois jours, l’effet est saisissant, chaque artiste mettant en exergue une ou plusieurs séries, d’une dizaine à une vingtaine d’images, en noir et blanc ou en couleur. « C’est un vrai plaisir de faire une sélection avec eux, poursuit Gilles Coulon. J’ai toujours aimé montrer le travail des autres, donner à voir aux gens la grande diversité de la photographie d’aujourd’hui. »
Visages solaires et nuits sombres
Fatoumata Diabaté a développé l’idée de « l’homme comme sujet animal », ses modèles arborant des masques en papier. Jean-Christophe Bourcart s’est immergé dans le fracas de la circulation sur Canal Street, à New York, saisissant des visages derrière des vitres. Courtney Roy s’est transformée en cow-girl dans les couleurs flashy qui sont sa signature.

L’univers très coloré de Courtney Roy.
Stéphane Lavoué s’est plongé dans l’univers de la pêche avec « Les mois noirs ». Frédéric Stucin a déambulé, à Paris, en mars 2020, dans les nuits sombres d’un pays en confinement. Patrick Tourneboeuf a arpenté des lieux monumentaux…ici compactés avec un certain sens de l’ironie, revendiqué par Gilles Coulon. Ce dernier est bien présent avec des petits personnages qui sautent et des déambulations urbaines éclairées au néon. Son complice Michel Bousquet a « solarisé » les paysages de la Sainte-Victoire et saisi les détails géométriques d’ateliers d’artistes. Deux icônes de la photographie font également partie de la fête : Robert Doisneau et William Klein, dans un florilège revigorant. A l’image d’un concept malin qui devrait donner des envies de collection à tous les amateurs de photographie.

Quand l’univers poétique de Bertrand Desprez côtoie les monuments…tout petits de Patrick Tourneboeuf.
Exposition Poda, jusqu’au dimanche 13 septembre au Château d’Eau (accès libre). Toutes les images sont en vente sur place à 59 euros l’unité dans leur coffret cartonné, à la fois cadre et système d’accrochage.
Une galerie pérenne vient également d’ouvrir à Sète, présentant une sélection de 23 photographes.

