Initiée par son agent français, le Toulousain Alain Lahana, et son éditeur, Gallimard, la virée régionale de Patti Smith a pris des allures de triomphe tranquille, le week-end dernier.

Patti Smith © AL
Samedi 11 avril, les fans de Patti Smith n’ont pas hésité à faire la queue longuement à l’arrière d’Ombres Blanches, à Toulouse, pour accéder au saint des saints… ou plutôt au « Pain des anges » (titre de son dernier ouvrage) que la chanteuse, poétesse et auteure venait distribuer en librairie. Le tout dans une atmosphère paisible d’admiration parfois teintée de ferveur. Avec à la clé pas moins de 200 exemplaires écoulés en deux heures.
Même atmosphère, le lendemain, à une heure quinze de Toulouse, en pleine campagne tarnaise, sur le site de Cap’Découverte. Les mille spectateurs qui avaient décroché leur billet de longue date savaient le moment rare, un seul autre concert français étant programmé mardi 14 avril en ouverture du Printemps de Bourges. Ils l’ont dégusté comme un élixir. Sur scène, dans un dispositif tout simple, Patti Smith a affiché une forme resplendissante, osant de délicats pas de danse, multipliant les sourires et même quelques sorties blagueuses.
Une imitation marrante de Bob Dylan
Quand elle a buté sur une chanson qu’elle avait « tout juste répété dans l’après-midi », elle s’est d’abord amusée de son erreur – une fois, deux fois – avant d’imiter la voix de son ami Bob Dylan et de lâcher : « lui aurait dit : prise numéro 2 » (Dylan dont elle a d’ailleurs repris un titre). Ces hésitations la rendant diablement humaine, loin de toute « starisation », Patti Smith a évoqué le souvenir du CBGB, fameux club rock new-yorkais de ses débuts : « chaque soir, on tentait de chanter nos nouvelles chansons ; on essayait, on se trompait, on recommençait ; c’était ainsi ».

Patti Smith et son groupe ont triomphé près d’Albi. Photo A. L.
Un saut dans le temps qui a visiblement comblé de joie les spectateurs. Autre aspect enthousiasmant de ce concert : la voix de Patti Smith, intacte, dans ses chuchotements poétiques comme dans ses élans lyriques. Même sentiment pour le groupe formé pour l’occasion, réunissant Jackson Smith, le fils de la chanteuse, solide guitariste planquant son regard sous une casquette un brin rétro, Seb Rochefort à la batterie et le vieux complice Tony Shanahan aux claviers, à la basse et aux cœurs (il a aussi joliment interprété « Isn’t it a pity », de George Harrison, pour laisser un peu souffler son amie).
De formidables versions des grands classiques
Quant à Patti Smith, montrant si peu de signes de fatigue même au bout d’une heure trente de concert, elle a offert de formidables versions de « Land » (le triptyque échevelé de l’album « Horses ») suivi par un « Gloria » repris en cœur par la foule ; de « Because the night » et de l’hymne « People have the power ». Et c’est ainsi qu’une belle page de la saga Patti Smith s’est tournée dans un lieu improbable, associant un public qui n’en revenait pas de son aubaine…et une artiste aux anges.
Le nouveau livre de Patti Smith, « Le pain des anges » (Gallimard, 300 pages, 23 euros) sort en librairie le 16 avril.

