Vivaldi et moi, un film de Damiano Michieletto
Autant vous avertir de suite, ce film est tout sauf un biopic du Prêtre roux, surnom donné au compositeur des inusables Quatre saisons et de centaines d’autres ouvrages. Non, le scénario que développe le réalisateur Damiano Michieletto, metteur en scène spécialisé dans l’opéra, dans son premier film s’attache surtout à la vie des orphelinats vénitiens, ici celui de l’Ospedale della Pietà. Cet établissement accueillait des filles exclusivement, déposées à leur naissance rapidement avec parfois un signe de reconnaissance. Elles étaient élevées, éduquées, et instruites à la musique. En effet, elles donnaient ensuite, masquées afin qu’elles ne soient point reconnues, des concerts aux puissants de la Sérénissime. Devenues grandes, une vingtaine d’années, elles étaient « vendues » à des personnalités, des hommes âgés pour la plupart, veufs parfois, riches surtout. Leurs « dons » permettaient ainsi à l’orphelinat de continuer son œuvre. C’est au sort de l’une de ces jeunes filles que le film est consacré. Cecilia est devenue une violoniste virtuose. Le nouveau maestro di violino, Antonio Vivaldi (1678-1741) l’a bien compris et en fait le premier violon de la formation. Mais voilà, les affaires sont les affaires et Cecilia va devoir abandonner la musique, l’orphelinat et Vivaldi pour être mariée à un officier …

Les musiciennes de l’Ospedale delle Pietà se rendent à un concert – © Moana Films
L’action se déroule dans ce célèbre orphelinat, le plus renommé de Venise, au début du 18éme siècle. Le film conte au passage la venue du Roi du Danemark, Frédéric IV qui, lors d’une visite privée (1708), vint écouter l’Orchestre de cette institution et se vit remettre par le compositeur une œuvre spécialement écrite à son attention. Mais là n’est pas le propos du film. En fait il s’agit plutôt, et ceci est purement fictionnel, librement inspiré du roman de Tiziano Scarpa publié en 2008 : Stabat Mater, de l’émancipation de Cecilia. Elle va combattre l’ordre établi, un machisme toxique, une violence acceptée à l’égard des femmes incroyable. Entre le pouvoir, l’argent et l’art tout simplement, le combat était inégal…
Même si l’on peut reprocher ici au montage un manque de liant, le film n’en demeure pas moins instructif sur cette époque peu reluisante sous l’or de ses palais. Vivaldi n’est pas roux ici mais brun, peu importe. Souffreteux oui, l’histoire nous le confirme. C’est Michele Riendino qui l’incarne à l’écran, travail d’autant plus difficile que, de manière précise, nous ne savons pas grand-chose de ce musicien (re)découvert vers le milieu du 20éme siècle. Cecilia a le visage de madone et la pugnacité chevillée au corps de Tecla Insolia. Elle illumine ce film.

