Selon le frenchy but chic Jean-Eric Perrin, Katcross fait un « électro-rock de guérilla », pas moins ! Les machines y semblent jouées avec la puissance des guitares et les guitares prennent la texture onctueuse des claviers… Ce duo toulousain a été très rapidement adoubé et entouré de pointures internationales telles que Tricky, Jim Barr (bassiste de Portishead), Front 242, les Sparks ou Clive Deamer (batteur de Radiohead, Portishead, Robert Plant). Ils seront au Metronum ce vendredi, avec également Michel Cloup, Mauve et Montevideo.

Katcross © Franck Alix
Votre musique n’est pas indus. Pour autant, il y a à la fois ce côté très mélodique, hypnotique aussi, mais aussi ces « bruits blancs » froids et comme déshumanisés… Un miroir de notre époque ?
Chacun peut y puiser ce qu’il veut. De notre côté, il n’y a pas de calcul conscient : quand on fait de la musique, on est forcément traversés et influencés par tout ce qui nous entoure, même en pleine nature. C’est aussi ça, peut-être, qui nous relie à une forme d’inconscient collectif. Si tu écoutes les autres disques de Katcross, tu ne ressentiras sans doute pas exactement les mêmes choses, si ce n’est notre manière de travailler le son et de construire les morceaux.
Il y a aussi chez vous un côté très cinématographique, comme chez Tangerine Dream… Comment écrivez-vous ?
On commence souvent avec une boucle, assez simple. Ça peut être un sample ou un arpège de synthé. On construit dessus en ajoutant des rythmes, des textures, des effets… On avance étape par étape. Parfois, on part plutôt d’un texte ou d’une mélodie. Dans ce cas, on adapte tout autour : on ajoute, on enlève, on modifie jusqu’à trouver un équilibre. On essaie aussi de laisser une part d’imprévu. On pousse un peu les machines pour voir ce qui se passe, créer des accidents. C’est souvent comme ça qu’on trouve des idées intéressantes.
Les textes de votre dernier album m’ont paru assez introspectifs…
En effet, certains morceaux le sont. Par exemple, « Unaware » parle d’un amour impossible, de quelque chose qui arrive sans que tu t’y attendes, mais au mauvais moment. « From Afar » parle de l’innocence de l’enfance quand elle n’est pas encore perdue. Il y a cette idée de douceur, de délice, d’insouciance, quelque chose d’assez pur. Il y a aussi des textes plus engagés, comme « Operator », qui évoque le contrôle qu’on retrouve un peu partout. C’est une réflexion sur mon environnement social et sur ce que je vis. Quand j’écris une chanson, ça part toujours d’émotions — que ce soit la nostalgie ou la colère. J’ai un besoin de faire sortir un trop-plein, et ça passe par l’écriture.
Connaissez-vous des groupes comme Bleak Engineers et Kap Bambino ?
On ne connaît pas trop Bleak Engineers. Par contre, nous sommes très attachés à Kap Bambino, découvert dans les années 2010, la fraîcheur de leur son, une musique électro clash que l’on aime écouter.
Quels groupes ont-ils nourri votre imaginaire quand vous étiez tout jeunes ?
Tout jeunes adolescents, ça a été The Cure, Kate Bush et Johnny Rotten dans PiL avec ce morceau que l’on peut réécouter, « This Is Not A Love Song », tellement légendaire et d’actualité.
Vous démarrez une nouvelle tournée pour ce disque. Quelle dimension prennent vos morceaux en live ?
En live, on se permet de bousculer ces morceaux figés sur le vinyle. On n’aime pas trop se répéter, donc on se garde des plages d’improvisation. On peut aussi faire durer les morceaux selon l’envie du moment. Rien n’est totalement déterminé, on aime se laisser porter par l’électricité de nos machines. On prend des risques, mais c’est aussi ce qui nous rend vivants sur scène.
Metronum • vendredi 17 avril 2026
Michel Cloup + Katcross + Montevideo + Mauve

