CRITIQUE. OPERA. METZ. Arsenal, le 8 Mars 2026. BELLINI : Norma. Claudia PAVONE, Nicolas SCHUKOFF, Nir KABARETTI.
Sensationnelle Norma de Claudia Pavone à Metz
Rarement j’ai vu une salle se lever pour applaudir une chanteuse dans une production, tout l’orchestre et ses partenaires l’applaudissant chaleureusement. Il faut dire que la Norma de Claudia Pavone est exceptionnelle. Nous connaissons très bien la soprano pour l’avoir applaudie sur scène à Toulouse dans Cléopâtre, Traviata et justement dans Norma. Ce soir elle a été une Norma complète dans ses ambivalences. Vocalement la voix est large, belle sur toute la tessiture avec des aigus et suraigus lumineux. La technique belcantiste est accomplie avec de longues phrases suspendues, phrasés subtils et vocalises habiles. Mais c’est surtout l’incarnation scénique qui est accomplie.

L’autorité dans son récitatif d’entrée est incontestable puis la souplesse de la ligne de chant magnifie la prière à la lune. La beauté du timbre subjugue. La cabalette est brillante. Dès cette entrée en scène si diabolique, la réussite est totale : Claudia Pavone EST Norma. La suite du rôle sera un dépliement de splendeur vocale et de puissance dramatique accompli. La douceur dans le premier duo avec Adalgise est admirable ainsi que la précision des vocalises. La colère dans le trio est tellurique. Les affrontements avec Pollione sont très dramatiques car son partenaire est de la même trempe avec un jeux très physique. La scène de l’infanticide évité est bouleversante. La voix ose des mesa di voce d’une incroyable subtilité et les nuances sont très creusées entre des forte puissants et des piani impalpables. Les transformations de Norma sont particulièrement mises en lumière. Le jeu de Claudia Pavone est d’une grande finesse car il s’appuie toujours sur la musique. Avec une grande justesse psychologique, les changements d’intentions si brutaux de la prêtresse sont rendus très humains et dès lors compréhensibles. Le duo Mira o Norma est un très grand moment de beauté et d’émotion. Le final nous entraine avec fureur vers le drame final. La puissance du jeu et du chant de la diva se mutualisent. La prière finale est déchirante. Claudia Pavone avec une grande voix et une grande science scénique fait vivre Norma dans une splendeur renouvelée.

Le reste de la distribution est très intéressant. En Pollione le heldentenor Nicolai Schukoff est un excellent choix. Son chant puissant, sa stature athlétique, son jeu pénétrant et très physique font de son personnage le « Yankee » sûr de lui et veule avec une fragilité pourtant bien perceptible. Amoureux éperdu, amant inconséquent, père oublieux, son jeu permet de suivre sa descente aux enfers. Le chant est certes peu nuancé mais la franchise de l’émission fait merveille dans cette conception du personnage. Et la Voix de Nicolas Schukoff est d’un très beau timbre de bronze même s’il lui manque un peu d’itanialita.

L’Adalgise de Na’Ama Goldman est plus verte. Le jeu est peu naturel et la voix sonore de Na’Ama Goldman ne nuance pas autant que la Norma de Claudia Pavone dans les duos. Les timbres des voix s’accordent en tous cas parfaitement. En Oroveso Nicolas Cavallier est cohérent vocalement et scéniquement, il est excellent dans ce rôle.
Les chœurs sont nuancés et incarnés. Ils donnent une belle puissance lorsque la partition l’exige comme la plus grande douceur. L’orchestre National de Metz Grand Est est sur scène dans une lumière douce. Les chanteurs jouent principalement devant mais également sur les gradins de côté ou derrière. L’utilisation de la particularité de l’Arsenal est exploitée avec habileté.
La beauté sonore de l’orchestre, les couleurs romantiques de la partition sont mis en valeur par la direction de Nir Kabaretti. Les sous titres sont d’un confort très inhabituel s’étalant sur une large partie du balcon derrière la scène. La mise en scène est cohérente. Les projections video de Julien Soulier sont belles et bien venues.
Les costumes de Giovanna Fiorentini sont simples et mettent les acteurs en valeur. Les lumières de Patrick Méeus sont habiles. Le maitre d’œuvre de la mise en espace Paul Emile Fourny peut être fier de son travail. Le drame de Bellini se développe avec détermination. La poésie est présente et les artistes peuvent tous exprimer leur art avec aisance : que l’on songe au courses de Nicolas Schukoff dans les escaliers, aux gestes amples de Claudia Pavone, à la finesse du jeu de Nicolas Cavallier dans le final. La liberté qui leur est accordée permet aux personnages de vivre intensément le drame.

Cette mise en espace est bien plus efficace en sa sobriété que le spectacle prétentieux d’Anne Delbée que Toulouse et Marseille ont vu dernièrement. Rayonnante, Claudia Pavone sort auréolée de son succès sous les applaudissements conjugués de la scène et du public. Elle est une immense Norma. Cette production a été donnée deux soir et les deux soirs ont été un véritable succès populaire avec de nombreux jeunes présents et enthousiastes.
Hubert Stoecklin
