La Frappe un film de Julien Gaspar-Oliveri
Le premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri aborde avec une immense sensibilité et une justesse de ton sidérante le thème de l’inceste familial, un thème inspiré, bien que le scénario soit une fiction, d’évènements vécus par le réalisateur.

Photo : Diego Murgia (Enzo) – © Ad Vitam
Enzo et Carla sont frère er sœur, enfants d’une famille pour le moins dysfonctionnelle. Elevés dans des familles d’accueil, ils sont à présent majeurs. Enzo gagne sa vie en vendant sur les marchés des appareils ménagers achetés en gros. Les deux enfants vivent de manière diamétralement opposée un séisme majeur. Ils ont subi des attouchements de leur père Anthony. D’ailleurs celui-ci était en prison. Il vient de finir de purger sa peine. Enzo le recueille, au grand dam de Carla qui ne veut plus en entendre parler. Le jeune homme va tout faire pour retrouver l’amour de son père car pour lui le but est l’appartenance à un clan, une famille. Anthony a-t-il changé ? Carla réintégrera-t-elle le giron familial en grand péril ? Est-il concevable de guérir de pareilles violences ?
Des peaux filmées au plus près tracent une sensualité proche de l’embrasement, l’urgence et l’ambivalence des regards, des silences hurlants les mots qui ne peuvent être formulés, tout cela est le signe d’un vrai regard d’auteur. Le film est littéralement porté par un jeune comédien belge de 20 ans, Diego Murgia. Bien qu’il ne soit pas tout à fait une découverte, force est de reconnaitre que le réalisateur lui offre ici un rôle à la mesure d’un talent dont il est difficile d’entrevoir les limites. Tout à la fois Enzo à la recherche éperdue de son père et victime bravant avec une force inimaginable le traumatisme vécu dans son enfance, Diego Murgia incarne un personnage d’une incroyable ambiguïté avec une hallucinante fluidité. Une performance césarisable assurément. Carla a été confiée à Romane Fringeli pour sa capacité à la révolte. C’est en effet une véritable boule de haine qu’elle incarne ici avec une puissance de jeu et un engagement stupéfiants pour son âge. Bastien Bouillon est l’Anthony que l’on attendait de ce magnifique comédien d’une subtilité de ton qui donne à ses personnages tout un halo de mystère totalement envoûtant.
Un premier film plus que prometteur !

