Pathé continue d’explorer son impressionnante filmothèque en sortant en DVD/Blu-ray trois films restaurés, beaux succès lors de lors sortie au cinéma mais depuis rarement diffusés et largement oubliés. Et la découverte tardive de « L’auberge du péché », de « Monsieur Taxi » et des « Mauvais coups » ne manque pas de piquant.

Ginette Leclerc dans « L’auberge du péché ». Photo Pathé Films
Tourné dans un village de Bourgogne, « L’auberge du péché » (1949) est le dernier film de Jean de Marguenat, réalisateur de 14 longs métrages totalement passés sous les radars de la cinéphilie (qui se souvient d’ « Ademaï au Moyen Age » et de « Madame et son flirt » ?). Oscillant entre film noir, polar, burlesque et comédie acerbe, ce long-métrage quelque peu déroutant a un petit côté Chabrol avant l’heure, fustigeant l’hypocrisie et la méchanceté d’un microcosme refermé sur lui-même. Une nuit, un gangster en fuite remet un sac bourré de billets à la serveuse d’un restaurant (Ginette Leclerc, grande star de l’époque). Des comparses vont tout faire pour le récupérer, mettant la jeune femme en danger… Malgré son aspect quelque peu hétéroclite, « L’auberge du péché » (qui n’est pourtant pas espagnole) vaut surtout pour ses acteurs, s’en donnant à cœur joie. Dans un double rôle (la serveuse pulpeuse et sa sœur beaucoup plus réservée), Ginette Leclerc illumine un monde plutôt sombre. En policier en vacances, enquêteur de circonstance, Jean-Pierre Kérien, comédien complètement oublié, fait preuve d’une sagacité et d’une ironie mordantes. Jean Paredès incarne de manière amusante un notaire amateur de romans policiers, sorte de fureteur séducteur gaffeur. Bien d’autres silhouettes nous rappellent la richesse des seconds rôles dans le cinéma français d’alors.

Michel Simon en famille, avec notamment son futur gendre Jean Carmet dans « Monsieur Taxi ». Photo Pathé Films
« Monsieur Taxi », d’André Hunebelle (1952), est un autre exemple du cinéma grand public de l’après-guerre. Michel Simon, qui a déjà tourné dans plus de 100 films, est un chauffeur de taxi bougon mais tendre voyant évoluer autour de lui une famille unie et, dans le cadre de son travail, un monde interlope. Là aussi, une somme d’argent volée constitue le nœud de l’intrigue. Mais l’essentiel est dans la description d’un Paris populaire, habité par des personnages pittoresques, interprétés par des seconds rôles gouailleurs. Michel Simon est tel qu’en lui-même, toujours attachant. Parmi les jeunes comédiens de « Monsieur Taxi » figurent Jean Carmet, tout de douce maladresse dans la peau d’un futur gendre fleuriste, et Louis de Funès, dans une apparition mémorable en peintre du dimanche forcément râleur. Une comédie pimpante qu’on regarde avec tendresse, réalisée par André Hunebelle bien avant des films comme « Le bossu », « Le Capitan » ou la série des « Fantômas », où il retrouvera Louis de Funès, devenu une immense vedette.

Simone Signoret et Alexandra Stewart dans « Les mauvais coups ». Photo Pathé Films
« Les mauvais coups » (1961), est le premier film de François Leterrier, futur réalisateur de « Projection privée » et de « Je vais craquer ». Adapté d’un roman de Roger Vailland, il raconte la lente dissolution d’un couple dans une grande bâtisse campagnarde bourguignonne. Monsieur (Reginald D. Kernan) se souvient de ses exploits passés de coureur automobile ; madame (Simone Signoret) noie son ennui dans l’alcool et les salles de jeux. L’arrivée au village d’une belle institutrice (Alexandra Stewart) va faire exploser une situation devenue intenable. Chabrolien en diable (décidemment !), le film sait installer une atmosphère de délitement inexorable, jouant des intérieurs oppressants et d’une nature hivernale brumeuse. Mais il souffre d’un déséquilibre entre les deux comédiens principaux, Signoret écrasant de son talent son médiocre partenaire. Qu’on ne s’y trompe pas : « Les mauvais coups » n’est pas un portrait intime de l’immense comédienne, beauté blessée se réfugiant dans les addictions. La patte de Roger Vailland y est essentielle, le romancier y racontant ses propres dérives, sentimentales, sexuelles et alcoolisées ; celles d’un journaliste et écrivain qui a mené une vie de débauche. Son œuvre à vif est à redécouvrir absolument. La plupart des livres de Roger Vailland sont disponibles dans la collection Les Cahiers Rouges, chez Grasset. Dernière parution, toute récente : « Les ruines de Berchtesgaden ».
« L’auberge du péché », « Monsieur Taxi » et « Les mauvais coups » sont réédités par Pathé, dans des copies restaurées, en DVD/Blu-ray.




