Les Rayons et les Ombres, un film de Xavier Giannoli
Après avoir convoqué Honoré de Balzac et ses Illusions perdues, le réalisateur Xavier Giannoli se rapproche de Victor Hugo et de son recueil de poèmes écrit en 1830 : Les Rayons et les Ombres. Il y trouve matière à son dernier opus traitant d’un sujet explosif aujourd’hui encore : la collaboration pendant l’occupation de la France par les nazis. Le scénario est quasiment un triple biopic, celui de Jean Luchaire (1901-1946), de sa fille Corinne (1921-1950) et celui d’Otto Abetz (1903-1958).

Nastya Golubeva (Corinne) et Jean Dujardin (Jean Luchaire) – crédit : Waiting for cinema
Le film débute au début des années 30 du siècle dernier. Jean Luchaire est un patron de presse, un peu flambeur, surtout avec de l’argent qu’il n’a pas… Son grand ami d’alors est Otto Abetz, un allemand qui partage avec lui des idées pacifistes. En hommes avisées, ils se doutent qu’un danger se profile en Allemagne et tentent de construire des ponts entre les deux pays afin de préserver la paix. Le temps passe… On connait la suite. Otto est nommé, de par son bilinguisme franco-allemand, ambassadeur du IIIème Reich en France. Avec des pouvoirs illimités. La France est occupée. Des messages antisémites font flores avec une intensité incroyable. D’abord hostile à les relayer dans son Journal, Jean finit par laisser faire. Otto quitte le camp des pacifistes et adhère totalement à la doctrine nazie. Les Juifs deviennent une cible. Pendant ce temps, Corinne est promue star du 7e art. De compromis en compromissions, père et fille vivent dans l’opulence grandiose, sans limites et orgiaque de ces temps vénéneux. Le récit est entrecoupé de scènes d’enregistrement, c’est celui que fait Corinne à la fin de sa vie pour transmettre à la postérité sa version des événements. Frappée d’indignité nationale, elle mourra de la tuberculose. Jean sera fusillé. Otto et sa femme périront lors d’un accident de voiture pour le moins suspect…
Autour de ces trois personnages, Xavier Giannoli trace le portrait d’une France glissant inexorablement vers la collaboration. Certes Jean a reçu le soutien d’Otto à plusieurs reprises pour de petits arrangements, mais le fond de l’histoire est dans la résistance à l’envahisseur. Des journalistes y laisseront la vie pendant que Jean et sa fille dînent tous les soirs chez Maxim’s. Les petits arrangements ont bon dos…
Encore un film nécessaire. C’est indiscutable sur le plan politique, historique et sociétal. Mais celui-ci se veut, et il en prend le temps, par trop démonstratif, voire didactique, sans oublier des scènes redondantes. Jean Dujardin est un Jean Luchaire qui ne s’éloigne que peu de l’habituelle panoplie de regards et de haussements de sourcil de l’acteur. Nastya Golubeva se meut en Corinne vs une poupée manipulée, décérébrée, sans vraiment beaucoup d’émotions à nous transmettre. Elle joue… trop ! C’est certainement l’acteur allemand August Diehl qui porte le mieux ce glissement infernal d’une morale pacifiste et humaniste vers les tréfonds de l’horreur nazie. Finalement, dans ce film qui n’en finit plus (3h15 !!!), où l’on fume à longueur de plans, où l’on boit du champagne toutes les deux secondes et où les orgies en tous genres sont légions, l’essentiel finit par se diluer et les personnages perdre de leur statut, égarés qu’ils deviennent dans le maelström d’un scénario tirant trop à la ligne.

