« C’est quoi l’amour ? » sera-t-elle la comédie romantique annonçant joliment l’été des sentiments ? Réponse le 6 mai dans les cinémas projetant le film de Fabien Gorgeart, réunissant une belle distribution, de Laure Calamy, qui occupe l’écran de sa fougue communicative, à Vincent Macaigne, toujours sympa et un peu perché. Sans oublier la délicieuse Mélanie Thierry et le tendre Lyes Salem.

La fine équipe de « C’est quoi l’amour? ». Photo Zinc Distribution
On avait beaucoup aimé le précédent film de Fabien Gorgeart, « La vraie famille » (2020), dans lequel Mélanie Thierry s’attachait tellement à un garçon de 6 ans dont elle avait la garde qu’elle n’arrivait pas à s’en séparer quand son rôle de mère de substitution devait se terminer. A ce mélodrame très émouvant succède une comédie sentimentale – de remariage – qui se revendique comme telle. Le scénariste et réalisateur a eu une idée originale qui ne doit sans doute pas se présenter couramment dans les diocèses : un homme (Vincent Macaigne, tel qu’en lui-même, doux et drôle) doit convaincre son ex (Laure Calamy, explosive) de se montrer sous un mauvais jour afin d’obtenir la nullité de leur mariage alors même qu’ils sont divorcés depuis des années. Sa nouvelle compagne (Mélanie Thierry), très croyante, veut absolument d’un mariage religieux. La démarche n’a rien de simple et exige de noircir le tableau sur la réalité de l’amour au moment même où il a été célébré…
Travail d’enquête
« Ce thème est à la croisée de plein de choses, a expliqué Fabien Gorgeart lors de sa venue à Toulouse en février, très en amont de la sortie de son film. A l’époque de l’écriture du scénario, je vivais séparé depuis peu de temps ; j’étais très sensible à ces questions. Mon producteur m’a dit de m’intéresser à ce sujet de la nullité des mariages et à l’impact qu’il peut avoir sur toute une famille, notamment les enfants. C’est comme s’il avait appuyé sur On. J’ai réalisé un travail d’enquête, rencontré des prêtres et des avocats spécialisés en droit canonique. Et découvert des règles à la fois profondes et ridicules. »Sur ce canevas, Fabien Gorgeart a imaginé nombre de scènes cocasses, le clergé (dont un prêtre à la fois rigide et à l’écoute incarné par un excellent Jean-Marc Barr) exigeant des preuves de ce non-amour initial, quitte à être très intrusif question intimité. « Son personnage est inspiré d’un curé parisien très beau, avec un charisme à la George Clooney, précise Fabien Gorgeart. Quant à celui incarné par Grégoire Leprince-Ringuet, il est drôle sans être caricatural. Au bout de trois secondes, le comédien a trouvé le ton dont je rêvais, en très léger décalage. »
De Rouen jusqu’à Rome
Le fil narratif étant quand même ténu, le réalisateur trimbale son petit monde de Rouen jusqu’à Rome où le nœud a quelques chances d’être dénoué par les plus hautes autorités. Si les comédiens s’amusent visiblement à démonter les ressorts de l’hypocrisie religieuse (catholique en l’occurrence), le scénario souffre de tirer à la ligne et de meubler l’intrigue avec d’autres sujets périphériques comme l’adolescence, âge ingrat – et agressif. Ce dont se justifie Fabien Gorgeart : « Je sortais d’un scénario sur l’adolescence que je n’avais pas réussi à faire aboutir. J’ai pourtant voulu qu’il en reste un petit bout car les jeunes de mon histoire sont en quelque sorte le miroir de ce que furent leurs parents. » Le réalisateur a aussi tendance à multiplier des scènes superflues, dont une de karaoké alcoolisé dans un bar romain. Et le spectateur de se dire : encore un film qui aurait mérité d’être moins long d’un bon quart d’heure !
Jolie chronique familiale
Reste une jolie chronique familiale, qui, si elle se perd un peu en route, remplit sa mission de nous faire sourire, assez souvent, et de nous émouvoir, parfois, grâce – on le répète – à des comédiens en grand forme, dont une Laure Calamy supersonique, qui, résume Fabien Gorgeart, « déboule tambour battant avant d’être dépassée par l’émotion », associée à un Vincent Macaigne tout de tendresse. « J’avais très envie de réunir ces deux acteurs, qui ont des liens très forts depuis longtemps, et que j’avais découverts dans le film formidable de Guillaume Brac, Un monde sans femmes, conclut Fabien Gorgeart. Ils forment un vieux couple idéal. Ce sont des personnes – et des personnages – comme je les affectionne : on ne peut que les aimer. »
« C’est quoi l’amour ? », de Fabien Gorgeart, au cinéma mercredi 6 mai.

