The Drama un film de Kristoffer Borgli
Dans son troisième opus, le réalisateur norvégien Kristoffer Borgli s’empare d’une situation mille fois vue à l’écran, celle des préparatifs d’un mariage. Sauf que son scénario va creuser un sillon éloignant singulièrement lesdites péripéties du sujet apparent, très souvent burlesques, pour aborder une thématique philosophique. Le duo Zendaya/Pattinson y déploie des sommets d’incarnation.

Robert Pattinson (Charlie) et Zendaya (Emma) – Crédit : A24/Leonine
Rapidement nous assistons à la rencontre/coup de foudre entre Emma et Charlie, deux trentenaires tout ce qu’il y a de plus BCBG sympa et cool. Emma a tôt fait d’informer son amoureux de sa surdité d’une oreille, sans trop s’appesantir sur le sujet… Les deux tourtereaux décident de se jurer fidélité selon la loi. Quelque temps avant, au cours d’un dîner avec un autre couple de leur âge, et après quelques verres, tout ce petit monde décide de jouer au jeu de la vérité avec un thème ultra glissant : la pire des choses que vous avez faite. Arrive le tour d’Emma. Le film prend alors une toute autre direction. Les relations s’atomisent à la vitesse de l’éclair. Même Charlie ne sait plus quoi penser… à quelques heures du mariage. Celui-ci va cependant avoir lieu avec un passage obligé, celui des discours normalement destinés à « sanctifier » les nouveaux mariés. C’est alors qu’explose une autre bombe…
Non, non, ce n’est pas une simple comédie comme Hollywood nous en sert en permanence. Le Norvégien glisse dans son film un thème éminemment philosophique : peut-on être tenu responsable, voire coupable, d’une action que l’on n’a pas commise. Ici une action qui aurait été lourde de conséquences. A elle seule cette thématique aurait pu être le sujet exclusif d’un film dont l’austérité n’aurait échappé à personne. Kristoffer Borgli décide, avec une virtuosité incroyable, de le glisser dans une romcom à destination de tous. Au passage il nous interroge sur les vertus de l’omission en amour, ainsi que sur la culpabilité et le regard des autres. Cela fait beaucoup, aussi a-t-il réuni deux acteurs à l’aura indiscutable : Zendaya, parfaite en Emma taraudée par un passé dont elle n’arrive pas à s’affranchir, et Robert Pattinson, incroyable Charlie, tout en spontanéité, naïveté, fragilité, dont les regards aussi perdus que pathétiques installent bien son personnage dans le trouble de la révélation.
Direction d’acteurs, lumières, cadrages, photos, tout est à l’unisson d’un film beaucoup moins léger que ne l’annonce l’affiche.

