Notre salut un film d’Emmanuel Marre
L’Occupation et son cortège sans équivoque. S’inspirant d’échanges épistolaires de ses arrière-grands-parents, le réalisateur Emmanuel Marre nous livre, avec son second opus cinématographique, le portrait glaçant d’un homme prêt à tout pour monter à bord de l’ascenseur social. Un film tétanisant.

Swann Arlaud (Henri Marre) – Crédit : Michigan Films & Kidam
1940. La France est coupée en deux. Le régime de Pétain s’installe à Vichy. C’est là que nous rencontrons Henri Marre, ingénieur, qui vient de publier à compte d’auteur un traité, Notre salut, censé donner les clés du redressement national sous la botte allemande. Persuadé de ses talents, il démarche les plus hautes autorités du nouveau gouvernement et finit par intégrer le Commissariat à la Lutte Contre le Chômage. C’est le début d’une carrière qui va l’amener à la pire des collaborations.
Interprété par des acteurs professionnels et des non-professionnels, dont des énarques et des patrons de PME, ce film transpire la compromission, l’aveuglement, l’intérêt personnel et l’opportunisme mais aussi les questions légitimes que pouvaient se poser les hauts fonctionnaires de Vichy. Pas de reconstitution tonitruante ici mais une caméra attentive aux comportements individuels, notamment celui du « héros ». Celui-ci, marmoréen Swann Arlaud, trace le portrait sidérant d’un homme qui va pactiser avec l’enfer en toutes connaissances de cause, antisémitisme, spoliations diverses et marché noir inclus. L’Histoire n’a pas retenu ce qu’était devenu Henri Marre après la libération, sauf qu’il est décédé en 1956.
Tourné au Palais des Congrès de Vichy et à la Maison du Peuple de Limoges, le film d’Emmanuel Marre, dont une partie des dialogues relève de l’improvisation, est d’un courage exemplaire.

