C’est l’une des OVNI de l’humour français. Au Printemps du Rire, Antonia de Rendinger présente un spectacle mêlant stand-up et théâtre. Entre Montreux Comedy Festival et télévision, cette artiste au style reconnaissable explore l’humour avec des personnages à la fois absurdes, loufoques et profondément humains. Rencontre avec l’humoriste.
Elle enchaîne les personnages sans prévenir et tient la scène pendant près de deux heures. Au Printemps du Rire, Antonia de Rendinger présentera son spectacle « Scènes de Corps et d’esprit ». Passée au Montreux Comedy Festival, au Marrakech du rire ou dans les émissions de Laurent Ruquier, Antonia de Rendinger s’est imposée avec un style très identifiable. Sur scène, elle construit des personnages très proches du théâtre. Elle se produira au Printemps du rire ce vendredi au Hall de Comminges à Colomiers.

Antonia de Rendinger, l’OVNI de l’humour français ©Estelle Hoffert
Qu’est-ce qui vous a poussée vers l’humour si tôt, et comment cette passion s’est-elle transformée en la carrière que l’on connaît aujourd’hui ?
En fait, je pense que j’ai un appétit pour l’humour et l’envie de faire rire les gens autour de moi depuis toujours. On commence par faire rire sa famille, ses voisins, ses amis de classe, et puis un jour il y a l’opportunité de gagner de l’argent en plus. Et on se dit que, finalement, d’un hobby, ça peut devenir une profession.
Quelles sont vos inspirations ? Y a-t-il des personnalités ou des courants artistiques qui ont particulièrement nourri votre travail ?
En fait, moi je suis vraiment d’une vieille école du sketch concrètement. Je viens de l’improvisation théâtrale, dans laquelle on nous encourage beaucoup à déplacer les intrigues dans des univers différents, à incarner des personnages, à chercher toujours un peu à se différencier et à ne jamais retomber sur ses pieds. Je pense que ça a cultivé chez moi une certaine capacité à m’inspirer des gens, à être attentive, à avoir l’œil, à être très observatrice. Finalement, je capte très vite un accent, une posture, une façon de parler, des tics de langage chez les gens qui m’entourent. Et après, qu’est-ce qui se passe dans mon cerveau pour que ça donne ces espèces de personnages complètement absurdes, loufoques, excessifs… je ne sais pas trop. Moi, je crée des personnages et après ça, une fois qu’ils sont là, ils ne m’appartiennent plus. Je suis dans une espèce de transe quand je suis sur scène qui fait que mes personnages peuvent parfois dire des choses que je serais incapable de concevoir moi avec mon cerveau.
Vos personnages sont-ils inspirés de rencontres réelles ou s’agit-il de pure invention ?
Non, c’est vraiment de la pure invention. Mais en même temps, la preuve que ces sketches fonctionnent, c’est que tout le monde s’identifie à l’un ou à l’autre. Souvent, moi ce que je vais chercher dans mes personnages, de manière un peu spontanée sans y réfléchir, c’est la vulnérabilité et l’humanité des gens. Je crois que c’est surtout ça qui touche. Finalement, même si ces personnages sont des espèces d’hybrides, des rencontres de plusieurs types, des gens un peu rock’n’roll et en même temps assez coincés… mes personnages ressemblent à quelqu’un qu’on pourrait connaître.
Comment vous construisez vos spectacles ? Vous partez d’un personnage central ou de thématiques précises que vous souhaitez explorer ?
Non, en fait le spectacle, ça me décrit un esprit. Il y a des thématiques qui se sont un peu imposées à moi quand j’ai créé le spectacle, qui sont celles qui concernent mes enfants. Moi j’ai des enfants adolescentes et donc ce qui les préoccupe aujourd’hui, ce ne sont pas du tout les mêmes thématiques que moi quand j’avais leur âge. Elles sont très concernées par des sujets très anxiogènes et puis des sujets qui ne m’effleuraient même pas l’esprit. La question du genre, l’écologie, l’acceptation de soi. J’ai l’impression d’essayer à travers ce spectacle d’éviter d’être dans un conflit de génération, parce que je pense que je reste une fille ouverte d’esprit. Je suis quand même comme toutes les personnes de ma génération confrontée à une jeunesse qui a soif d’absolu, de certitude, et qui a des questionnements qui ne sont pas du tout les miens et qui me paraissent parfois un peu excessifs. Et en même temps, c’est l’apanage de la jeunesse d’être dans ces réflexions là, quelle que soit l’époque.
En abordant ces sujets de société, y a-t-il des tabous ou des limites que vous vous imposez ?
Est-ce qu’on peut encore rire de tout ? C’est un peu l’éternel question. Moi je crois qu’aujourd’hui dans les salles de spectacle on peut dire absolument tout ce qu’on veut à partir du moment où le public a compris de quel point de vue on parlait et de quel endroit on se plaçait. Parce que la grosse différence avec les réseaux sociaux où on est vu par des gens qui ne connaissent ni le contexte ni ce qui a suivi ni ce qui précède, on peut très vite se faire une image faussée à travers des bribes. Et puis franchement on ne peut pas plaire à tout le monde, mais moi je sais très bien que les gens qui viennent me voir viennent pour voir un spectacle lumineux. Je pense que la moindre des choses c’est de respecter l’intelligence de son public, c’est-à-dire de partir du principe que le public est à même de comprendre les différents degrés et de faire la part des choses. J’ai cette confiance pour pouvoir aller sur tous les terrains, parce que ce n’est jamais moi qui parle, c’est toujours un personnage. Et ce personnage il a des failles et on s’y retrouve tous un peu. On a tous des tords a priori, des pensées dont on n’est pas très fiers. Et mes personnages permettent d’exorciser un peu ça.
Le stand-up actuel mise beaucoup sur l’interaction directe et le « clash » avec le public. Selon vous, le rôle du spectateur a-t-il évolué ?
Dans les miens non. Dans ceux des autres je ne sais pas. Moi je déplore un peu cette surutilisation des réseaux sociaux pour faire la promotion des spectacles. J’en suis très consommatrice en même temps donc qui suis-je pour jeter la pierre. Mais c’est vrai que je pars du principe que ça reste entre le public et moi. Je filme très peu les interactions avec le public. J’en ai quelques-unes dans le spectacle mais je ne les filme pas. J’ai l’impression que ça appartient à un instant, au moment du spectacle. Peut-être que j’ai tort, je devrais peut-être faire ça pour remplir mes salles.
Comment vous percevez le moment de bascule où le public entre totalement dans votre univers ?
En fait, je pense que quand on croit à ce qu’on est en train de faire sur scène, c’est comme quand on est avec des enfants. Les enfants, quand ils jouent, ils croient à ce qu’ils sont en train de faire. À partir du moment où un comédien est sur scène et qu’il croit à 100 % à ce qu’il est en train d’incarner, il y a quelque chose d’assez magique qui fait que le public croit aussi. Je crois que cette espèce d’osmose fait que le public s’abandonne aussi. Après, il y a une mécanique : on sait qu’à tel moment il y aura un rire, puis un autre, puis un autre. C’est une mécanique presque gymnastique. Le public est embarqué dans quelque chose qui le fait rire, réfléchir, s’amuser et parfois même s’émerveiller. Moi j’aime bien aussi me dire que mon spectacle est une performance. Performance vocale, physique, verbale, intellectuelle. Je sors, c’est presque deux heures de spectacle, je suis rincée.

Antonia de Rendinger se produit pour le Printemps du rire ©DR
Dans votre spectacle, rit-on des personnages ou finit-on par rire de soi-même ?
Je pense que le rire est très organique et quelque chose de très viscéral. Les gens sont témoins de quelque chose qui les embarque dans une spirale où il y a de la folie, de la joie. Ils rient avec moi de ces personnages qui n’existent pas. Chacun reconnaît un peu de soi et un peu des autres. C’est très intuitif ce que je fais sur scène. Le but c’est que les gens sortent, rallument leur téléphone et se disent que ça fait presque deux heures et qu’ils n’ont pas vu le temps passer. Je dirais que le spectacle, c’est comme deux heures de bouquet final d’un feu d’artifice.

