Elle chante en anglais, en espagnol, parfois en français, mais refuse de réduire sa musique aux mots. Mélys construit un univers à la fois intime et mouvant, où la guitare ouvre des paysages infinis. À l’occasion de son passage au festival de guitare d’Aucamville, elle revient sur ses racines multiples.
Difficile de classer Mélys dans une case. À la croisée des langues et des influences, son univers se déploie comme un paysage mouvant. Une base folk, traversée de nuances rock, jazz ou encore d’inspirations plus inattendues. Une musique qu’elle qualifie elle-même de « folk au floral », où les couleurs sonores répondent à la diversité des cultures qui l’ont façonnée. Rencontre à l’occasion de sa venue au festival de guitare d’Aucamville et Nord toulousain.

Mélys était en concert à Aucamville ©Mila Lartigue
Quelles ont été tes inspirations, que ce soit musicales ou instrumentales ?
J’ai commencé avec le violon. C’est un instrument qui ne m’a pas du tout inspirée au début. Je trouvais ça assez monocorde. Et quand je me suis mise à la guitare, ça a vraiment ouvert un univers des possibles. C’était fou de se dire qu’en rajoutant une voix ou deux doigts, on pouvait déjà créer des couleurs différentes. C’était magique comme découverte. En termes d’influences, j’ai beaucoup écouté de jazz quand j’étais petite. Ma grand-mère m’en faisait écouter en cachette parce que mon grand-père préférait le classique à la maison. C’est comme ça que j’ai découvert Ray Charles, Billie Holiday, Etta James… un peu les grandes figures du jazz. Ensuite, j’ai découvert le folk avec Bon Iver, lors d’une compétition de gymnastique. Une amie m’a fait écouter ça sur un vieux téléphone, et ça m’a bouleversée. Après, les algorithmes m’ont fait découvrir plein d’autres artistes. Aujourd’hui, ma référence dans la folk, c’est Adrianne Lenker, même s’il y en a plein d’autres. J’écoute aussi beaucoup de musiques multiculturelles, dans différentes langues. J’aime varier les rythmes, même si globalement je reste sur des choses assez posées.
Comment à commencé pour toi la musique et cette transition vers la guitare ?
Avec le violon. J’étais dans un univers très classique. J’adore la musique classique, je trouve ça magnifique, mais j’ai vite eu envie de casser les codes du conservatoire, de sortir des partitions et d’aller vers l’improvisation. C’était difficile parce que je n’ai pas beaucoup de notions théoriques, mais c’est ce chemin qui m’a menée à la guitare et au chant. Le fait d’avoir un instrument pour m’accompagner m’a permis d’oser chanter. Avant, je chantais seule chez moi, quand il n’y avait personne. Dès qu’il y avait quelqu’un, je n’osais pas. La guitare a débloqué quelque chose dans ma voix. Petit à petit, j’ai appris des reprises, et ça s’est fait doucement. Ma rencontre avec la guitare c’est grâce à mon meilleur ami, qui est le guitariste du projet. Un jour, il m’a montré sa guitare. Je lui ai demandé de m’expliquer, et je me souviens très bien de ce moment sur un canapé. J’ai tout de suite compris que cet instrument était incroyable, avec un champ des possibles immense.
Comment ton projet s’est-il construit ?
Je ne l’ai pas vraiment réfléchi. Ça s’est fait un peu naturellement, avec les questions qu’on se pose tous sur « qu’est-ce que tu veux faire dans la vie ? ». Moi, ça me paniquait, alors je suis partie voyager. Je suis partie avec un violon et une guitare, et j’ai fait beaucoup de musique dans la rue. J’ai rencontré plein de musiciens, et petit à petit, la musique a pris toute la place. J’ai vécu en République dominicaine et au Pérou, où j’ai commencé à monter sur scène. Ensuite, je me suis installée en Belgique, où j’ai fait mes premiers concerts. Je faisais aussi une école de théâtre. Avec le Covid, tout s’est arrêté, je suis rentrée chez ma mère, et c’est là que j’ai vraiment commencé à écrire et composer davantage.
Quels thèmes traversent ta musique ?
Mes chansons sont assez introspectives. Elles parlent beaucoup de sentiments intérieurs. Je ne me considère pas comme quelqu’un de très politisé, même si je sais que la musique est quelque chose de politique. Je me suis souvent demandé comment je pouvais apporter quelque chose au monde avec ma musique. Je ne sais pas si je fais passer des messages politiques, mais j’essaie de transmettre une bulle d’amour, de douceur et de soin. On vit dans un monde où tout va vite, avec beaucoup de violence. Si ma musique permet aux gens de ressentir, de rire, de pleurer, ou même de s’endormir… pour moi, c’est réussi.
Le fait de chanter en plusieurs langues, c’est un choix artistique ou personnel ?
C’est très lié à mon histoire. J’ai des origines belgo-américaines, et mes grands-parents sont hollandais, belges, allemands et français. Je n’ai qu’un quart de ma famille qui est française en réalité. À la maison, il y avait toujours plusieurs langues qui se mélangeaient. Ça a forcément influencé ma musique. Le fait d’avoir commencé la musique dans les Caraïbes et en Amérique du Sud m’a rapprochée de l’espagnol, que je trouve magnifique. J’aime penser ma musique comme quelque chose d’universel. L’anglais est naturel pour moi. Le français, c’est plus difficile, mais j’essaie de l’intégrer parce que ça fait partie de moi. Et j’adore jouer avec les langues. Pour moi, ce sont aussi des instruments. Je ne chante pas pareil selon la langue, ça apporte de nouvelles couleurs.
Pourquoi c’est intéressant de venir jouer pour toi au festival de guitare d’Aucamville ?
On me l’a proposé, et j’étais ravie. C’est très flatteur. L’équipe est adorable, et c’est un festival important dans le coin. On est basés à Toulouse, mais on y joue très peu. Il y a beaucoup de projets et peu de lieux. Et la musique que je fais est assez niche : folk, en anglais, assez douce… ce n’est pas forcément ce que recherchent les programmateurs. C’est parfois difficile de défendre ce projet, même si quand on nous programme, les retours sont souvent très positifs.

Affiche festival ©DR
Pour quelqu’un qui ne te connaît pas, quelle musique recommanderais-tu pour découvrir ton univers ?
Je ferais un remix imaginaire : une chanson de Norah Jones comme « Painter Song » ou « Don’t Know Why », qui partirait ensuite vers un morceau d’Alice Phoebe Lou, et qui finirait avec seize mesures de Debussy. Et dans mes morceaux à moi, celui qu’on a joué vendredi dernier. C’est un nouveau titre, qui sortira sur le prochain album. Il représente bien l’univers du projet. Un mélange de folk, de rock, avec des touches un peu orientales. Le titre, c’est Queen of Your Wild. Il n’est pas encore sorti. C’est la surprise.

