C’est l’histoire de deux personnages féminins au crépuscule de leur vie, deux sœurs, qui revivent les souvenirs de l’une et l’autre, comme une ode à la sororité, celle qui résiste au temps.
À travers leur spectacle d’improvisation théâtrale intitulé Sœurs, Christine Agostini et Salomé Pizzutto proposent aux spectateurs de se plonger dans une vision intimiste d’un dialogue entre deux femmes de 90 ans qui se remémorent leur vie passée. Si les deux comédiennes abordent des sujets historiques et engagés de l’histoire de la femme, ce n’est pas sans un humour rythmé par leur ingéniosité, de quoi laisser au public la liberté de se demander : que reste-t-il des liens entre femmes quand le temps a passé ?
En amont de leur représentation à Folles Saisons, dans le quartier des Pradettes, le 2 avril prochain à 21h, Salomé et Christine nous ont confié les détails de ce spectacle, en représentation depuis octobre 2024.

Une ode à la sororité, une connexion spéciale entre deux femmes
La genèse du spectacle Sœurs a débuté lors d’une représentation de Christine et Salomé avec leur compagnie de théâtre Synapse. « La représentation se découpait en plusieurs scènes courtes en amont desquelles on demandait au public de nous aider à construire nos personnages. Avec Salomé, on nous a attribué le rôle de deux sœurs plutôt âgées et on a établi une scène relationnelle qui a beaucoup plu », explique Christine Agostini. « Pour l’anecdote, après cette représentation, une femme est venue me voir pour me parler de sa sœur qui avait le même prénom que l’une des deux femmes que l’on avait joué, elle m’a confié que ça lui avait rappelé des souvenirs avec elle et ça m’a émue », enchaîne Salomé Pizzutto. « En sortie de scène, on a réfléchie brièvement avec Salomé puis on s’est dit, pourquoi pas développer ces deux personnages dans un spectacle qui leur serait entièrement consacré ? C’est un peu la magie de l’improvisation, chaque idée peut créer une nouvelle histoire », ajoute Christine.
Sœurs, c’est avant tout une ode sororité mettant en lumière une relation particulière entre deux femmes, liées par le sang ou par le cœur, selon le choix du public. « Chaque début de spectacle permet de définir le caractère de nos personnages, leur vécu en tant que femmes dans notre société, leurs souvenirs d’enfance et moments communs », détaille Christine. « C’est un spectacle où la mise en scène est écrite mais les dialogues sont totalement improvisés, de même que les personnages en eux-mêmes puisqu’ils dépendent des choix du public », complète Salomé.

Un récit engagé, entre faits historiques et humour
Au cœur de cette représentation théâtral se trouve un récit sur l’évolution des droits des femmes, vu par deux femmes qui ont su s’accompagner dans les joies comme dans les peines. « Il y a vraiment un travail de recherche et d’apprentissage des moments et dates clés de l’histoire de la femme que l’on a appris en amont pour apporter un fond historique. Selon l’époque où notre récit prend place, on adapte les discours, par exemple si l’avortement n’avait pas encore été légalisé au moment où le souvenir d’un personnage prend place, on va privilégier le discours sur l’importance des associations », explique Christine.
Ainsi, divorce, sexualité, avortement, violences conjugales, sexistes ou encore fausses couches deviennent des sujets abordés spontanément au fil du spectacle, avec une légèreté minutieusement orchestrée par les deux comédiennes afin de sensibiliser en douceur le public. « On traite des sujets d’actualité qui peuvent être difficiles à aborder pour certains mais le fait que nos personnages soient des dames d’un certain âge, ça apporte une figure touchante et rassurante. Le spectacle n’a pas de caractère moralisateur mais plus informatif, on utilise l’humour pour ajouter de la tendresse », confie Salomé.
Deux personnages qui font rire, deux femmes qui se confient et font part de leurs souvenirs, une manière subtile de permettre au plus grand nombre de comprendre la nature de ces sujets et leur importance. « On a beaucoup de retour positifs de femmes qui viennent nous dire que ça leur avait fait du bien que l’on parle de ces sujets, que ça délie la parole où que ça les faisaient se sentir plus comprises. On a également eu des retours d’hommes qui nous ont remercié d’avoir abordé des thèmes comme les fausses couches par exemple ou même les VHSS (violences et harcèlement sexiste ou sexuel) et de sensibiliser sur ces derniers », affirme Salomé.

« Le spectacle a été pensé comme un hommage à nos grands-mères »
Sœurs met en scène deux femmes de 90 ans dans un moment charnière de leur vie, prêtes à partager les souvenirs de toutes une vie, mêmes ceux qu’elles n’avaient jamais osé partager plus tôt. « On a pensé le spectacle comme un hommage à nos grands mères. Personnellement, la mienne à passé toute sa vie avec sa sœur et ça m’a beaucoup inspiré dans l’écriture », confie Christine. « Ma grand-mère a vu la pièce à Montauban le 8 mars donc le jour des droit de la femme, c’était la première fois qu’elle me voyait sur scène. Je l’ai aussi vu comme un hommage parce que lors de cette représentation, le public avait décidé que c’était l’anniversaire de mon personnage, mais c’était aussi celui des 93 ans de ma grand mère. Je lui ai dédicacé un passage et tout le monde l’a applaudi, ça m’a beaucoup ému, surtout quand elle m’a confié par la suite que notre improvisation lui avait rappelé des souvenirs avec sa sœur de cœur. », ajoute Salomé.
Rendre un récit universel, l’enrichir d’expériences communes, d’histoire de proches, c’est là que se trouve le noyau des personnages de Sœurs. « Quand on a des retours du public, c’est là que l’on se rend compte de la différence entre il y a plusieurs dizaines d’année où militer pour le droit des femmes n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui. Il nous arrive souvent d’avoir des femmes à la retraite qui nous confient qu’elles se sont senties représentées pendant notre spectacle, et c’est la plus grande des réussites pour nous », affirme Salomé.

Jouer pour mieux sensibiliser
Si cette représentation théâtrale parle de nombreuses étapes, défis ou moments marquants de la vie d’une femme, c’est aussi pour sensibiliser et délier la parole de celles qui le veulent, et le peuvent. « On joue aussi pour conscientiser des sujets qui devraient être abordés sans tabous, notamment pour les populations plus jeunes, mais toujours avec une forme de légèreté sans le côté moralisateur. Lorsque l’on aborde des sujets par exemple sur l’homosexualité ou des agressions, on fait vraiment en sorte qu’une des deux sœurs apporte une parole réparatrice au souvenir qu’est en train d’évoquer l’autre personnage », explique Christine. « On a déjà joué devant des associations de femmes victimes de VHSS et cette parole a été presque thérapeutique. Le fait de parler d’évènements traumatiques pour certaines mais à travers deux femmes qui sont très drôles et à l’écoute, ça aide beaucoup, on se sent comprises », ajoute-t-elle.
Un spectacle qui change à chaque date, des personnages qui évoluent, de nouveaux souvenirs qui se partagent, comme une manière de décortiquer une mémoire féminine avec tendresse. « Il y a beaucoup de personnes qui reviennent voir le spectacle, deux, trois fois, étant donné que l’improvisation permet d’établir une forme de surprise, de renouveau. Les retours nous font vraiment part d’un point de vu positif sur Sœurs, les gens voient notre improvisation commet une passerelle entre l’humour et des sujets importants de la vie d’une femme », explique Salomé. « Ça serait chouette de pouvoir présenter notre spectacle dans des maisons de retraite et dans plus d’associations. Pour l’instant, le spectacle continuera de se jouer dans d’autres salles aux alentours de Toulouse et, pourquoi pas, dans des festivals en France », conclu Christine.
Si vous souhaitez découvrir ce spectacle d’improvisation théâtrale intitulé Sœurs, par Christine Agostini et Salomé Pizzutto.
Si vous souhaitez vous rendre à la représentation du 2 avril prochain à Folles Saisons, une restaurant-café culturel engagé pour le droit des femmes. Pour retrouver l’entretien d’Anne Aguilera, CO-fondatrice.

