CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 31 mars 2026. Mozart/Ravel/Rachmaninov. MARTHA ARGERICH et DONG HYEK LIM, pianos.
Martha Argerich en divinité musicale
Chaque venue de Martha Argerich à Toulouse est un triomphe. Son éternelle jeunesse subjugue. Son jeu souple, félin et facétieux ensorcèle. En véritable Déesse de la Musique elle a bénéficié d’une standing ovation en fin de concert. Le duo qu’elle forme avec le jeune Koréen Dong Hyek Lim est bien rodé. Il faut dire que les deux pianistes se sont surpassés. Ils se connaissent très bien et leurs qualités se mutualisent. Au terme d’un récital généreux, devant le succès obtenu ils ont donné deux bis. Cela a formé plutôt une troisième partie de concert car le deuxième « bis » a été la magnifique Fantaisie de Schubert en fa mineur pour 4 mains. La première partie a offert la Sonate pour 2 pianos de Mozart et l’adaptation de la Valse de Ravel à 2 pianos. La deuxième partie les 3 terribles danses symphoniques de Rachmaninov avec des difficultés rythmiques incroyables. Nos deux pianistes n’ont fait qu’une bouchée des pièges de ces trois œuvres. La virtuosité et la vivacité rythmique des deux pianistes est égale. Ce serait déjà en soi un miracle mais il faut rajouter le charisme de Martha Argerich qui irradie. Si dans Mozart un petit déséquilibre s’est parfois fait percevoir cela n’a rien enlevé au charme de cette magnifique interprétation du chef d’œuvre mozartien. Martha Argerich a un jeu d’une souplesse incroyable, ses traits sont vifs et ses nuances exquises. Son partenaire au premier piano est solaire, plein de force et joue un piano victorieux plus extraverti. Ce jeu moins nuancé, moins souple et plus solide, a par moment créé un petit décalage de musicalité. C’est dans le deuxième mouvement, moins virtuose que l’accord a été parfaitement trouvé. La Valse de Ravel avec Martha au premier piano a été d’une osmose rythmique sidérante, avec des couleurs, des nuances et des phrasés d’une rare subtilité. Partition dont l’effet grisant orchestral a été parfaitement rendu sous des mains si musicales. En deuxième partie les danses symphoniques de Rachmaninov (dans cette version audacieuse à deux pianos de la main du compositeur) ont monté d’un cran dans la virtuosité. Le jeu a été vibrant, les couleurs ont explosé et les nuances sont devenues fulminantes. La joie de partager cette musique avec le public a été d’une force communicative. Le succès retentissant a permis d’obtenir un premier bis. Une adaptation à 4 mains d’un choral de Bach a été d‘une poésie totale. Puis, on n’osera pas le qualifier de bis tant cela représente une troisième partie de programme : la Fantaisie pour 4 mains de Schubert a été l’œuvre la plus parfaite de la soirée. Ainsi des absolus chefs d’œuvres ont encadré la soirée : la Sonate de Mozart à 2 pianos et la Fantaisie de Schubert à 4 Mains. Nos deux artistes musiciens nous ont offert une soirée rare de partage musical. La standing ovation spontanée n’a été qu’une évidence devant tant de générosité. Une nouvelle soirée inoubliable grâce aux Grands Interprètes.

Hubert Stoecklin
Photo : H.S.
