CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 14 mars 2026. CHIN/SCHUMANN/STRAVINSKI. Yefim Bronfman, piano. ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE. Tugan Sokhiev.
Tugan Sokhiev le magnifique
Toulouse, grâce aux Grands Interprètes a pu bénéficier du même concert donné la veille à la Philharmonie de Paris. Ce n’est donc plus exactement une création française mais tout de même une belle découverte pour les Toulousains que ce Frontispice de la sud-coréenne Unsuk Chin. Cette courte pièce est d’une grande densité musicale. L’humour domine cette pièce qui fait l’effet par moment d’un 33 tours écouté à l’envers. Les sonorités sont toujours très étonnantes de minimes détails comme les flûtes qui soufflent sans notes ou de splendides accords de tout l’orchestre presque faramineux. Tugan Sokhiev dirige cette œuvre avec gourmandise et humour. Il en révèle toute la saveur. C’est très étonnant et l’orchestre brille de mille feux. Puis le concerto de Schumann va permettre au pianiste russo-israelien Yefim Bronfman de venir sur scène. Sa haute stature impressionne. L’entente avec le chef et l’orchestre va être remarquable. Dès les premières mesures la fusion du piano et de l’orchestre est parfaite. La beauté de la sonorité du pianiste, son timbre si noble, ses nuances si subtiles et son équilibre extraordinaire entre main gauche et main droite vont créer l’évènement. Il est vraiment rarissime d’entendre une sonorité si généreuse une force si noble et sans aucune violence ; au contraire il nait une douceur de cette puissance inouïe. L’orchestre répond avec la même beauté sonore. Chaque instrumentiste dialogue avec le pianiste sur le même plan de perfection sonore. La dimension chambriste du concerto prend une hauteur extraordinaire comme si les meilleurs solistes possibles se répondaient. La direction de Tugan Sokhiev est magnifique laissant en apparence beaucoup de liberté et portant le chant à tout moment. Ce concerto de Schumann va avancer avec une suprême élégance et va ravir le public totalement. Le final est une ode au bonheur absolument irrésistible. Yefim Bronfman est très applaudi et il va offrir un bis plein d’humour et d’une folle virtuosité.

Yefim Bronfman © Dario Acosta
Pour la deuxième partie du programme Tugan Sokhiev a choisi une œuvre qu’il connait à la perfection et qu’il dirige admirablement. Le ballet Petrouchka de Stravinski sous la main de Tugan Sokhiev est une merveille sans égale. Il dirige par cœur, sans baguette, avec des gestes dansants. L’orchestre est à la fête avec des effets succulents, des soli irrésistibles et des nuances sidérantes. Toute la partition si riche et si audacieuse est magnifiée par ces interprètes si doués. Tugan Sokhiev danse et les instrumentistes chantent. La dramaturgie du ballet avance. Les moments d’humour sont délicieux. L’histoire avance vers son dénouement ambigu. Tout parait bien trop court tant la beauté de cette musique pourrait nous entrainer longtemps dans son sillage. Dans ce répertoire de ballet russe Tugan Sokhiev n’a pas d’égal. Cela doit être naturel pour lui car il semble la comprendre totalement. L’orchestre de Radio France est aux anges. Il parait qu’il souhaite amplifier sa collaboration avec Tugan Sokhiev. Comme on les comprend ! A Toulouse nous savons quel enchanteur il peut être. Il est vraiment joyeux de pouvoir retrouver Tugan Sokhiev si heureux et si aimé par l’orchestre Philharmonique de Radio France.

Quelle chance avons-nous. Merci aux Grands Interprètes, une nouvelle fois nous leur devons un concert sublime.
Hubert Stoecklin
