CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 13 mars 2026. PENDEREKI/CHOPIN/LUTOSLAWSKI. Mao Fujita, piano. ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE. Tarmo Peltokoski.
Le retour tant attendu de Tarmo Peltokoski
Ce soir Toulouse attendait ardemment le retour de son directeur artistique éloigné de la scène pour raison médicale. Une Halle-aux-Grains pleine à craquer et la présence du Consul de Finlande l’attestaient. Le programme du concert dédié à la Pologne a déconcerté une part du public. Le fait que Tarmo Peltokoski n’a pas dirigé depuis novembre 2025 a changé la donne : cela ne représente plus un concert expérimental au sein d’une saison et devient le point de mire du landernau musical Toulousain. Force de constater qu’une certaine déception a dominé la soirée. La première œuvre met en valeur toutes les cordes de l’orchestre. Cette œuvre totalement expérimentale de Pendereski a été dans un deuxième temps dédiée aux victimes d’Hiroshima. En moins de 10 minutes toute l’horreur de la mort par la bombe atomique fait irruption. C’est d’autant plus violent dans notre époque de retour de la guerre. Tarmo Peltokoski domine parfaitement la partition et semble concentré et appliqué. La complexité des clusters est maitrisée, le jeu des cordes est virtuose entre frappe de l’instrument, notes jouées pianissimo, notes en pizzicati, les glissandi et le jeu sul ponticello : tout un tas de sonorités rares et complexes se superposent. La virtuosité prend toutefois le pas sur l’émotion. Le public applaudit d’admiration. L’installation spectaculaire du piano sorti de terre permet au pianiste japonais Mao Fujita d’entrer en scène. Vainqueur en 2017 du concours Clara Haskil, une grande musicalité était attendue. Tarmo Peltokovski allait montrer ses qualités d’accompagnateur dans un concerto exigeant un subtil équilibre. Dès les premières notes de la longue introduction musicale un malaise s’est installé car ce son compact, lourd et puissant ne semblait pas accordé à la délicatesse de l’orchestration de Chopin. Il faut dire que l’orchestre était pléthorique (8 contrebasses). L’entrée du pianiste a ensuite été générique en termes de sonorité avec une timbre vide d’émotion et une totale absence de nuances, comme l’orchestre lui-même qui est resté dans un mezzo forte tout le long. Nous étions nombreux à chercher désespérément Chopin ce soir. Las, ce répertoire ne convient ni au chef ni au pianiste. Applaudi pour son jeu sans faille Maho Fujita offre un bis maniéré. La plus que lente de Debussy demande une autre poésie et un autre jeu de couleurs et de belles nuances… Ce rendez-vous est manqué avec le jeune Mao Fujita ce soir hors du répertoire qui lui convient.
Pour la deuxième partie de concert Tarmo Peltokoski semble prendre plaisir à diriger la très complexe 3ème symphonie de Lutoslawski. C’est très brillant, impeccablement dirigé avec clarté et rigueur. Mais aucune émotion ne nait de cette interprétation. L’orchestre est absolument somptueux de timbre, de nuances et de phrasés. Les percussions sont particulièrement virtuoses.
Le retour de Tarmo Peltokoski est une très bonne nouvelle pour la maison Capitole et son public. Nous attendons le jeune maestro pour des concerts à venir plus à même de révéler ses talents d’interprète. Ce retour ce soir est comme en demi-teinte, une mise en bouche un peu fade.
Hubert Stoecklin

