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Les polyphonies féminines de Mièjaluna : la grande Occitanie chante toujours !

02 Mar Publié par dans Musique | Commentaires

Ce dernier jeudi de février, malgré le froid piquant, c’est l’affluence des grands jours à l’Ostal d’Occitania*, juste récompense pour Manijeh Nouri qui anime ces Dijous (Jeudis) de l’Ostal avec sa passion habituelle et le grand éclectisme qu’on lui connait. Même si c’est un fort contingent occitaniste qui s’est donné rendez-vous Salle Antonin Perbosc pour ces polyphonies d’Occitanie et du Sud de l’Europe du Quatuor vocal Mièjaluna, ces Dijous méritent vraiment l’attention d’un large public pour la qualité de la programmation et la chaleur de l’accueil.

La polyphonie vocale,** constituée de plusieurs voix agencées suivant les règles du contrepoint (contrairement à la monodie qui est constituée d’une seule ligne monodique) est un art difficile. Sans oublier le chant grégorien et ses chefs-d’œuvre, le chant polyphonique populaire a atteint des degrés de développement extraordinaires en Italie méridionale en particulier : la Capella de’ Turchini, la Nuova Compania di Canto Popolare, l’Arpeggiata de Christina Pluhar avec Lucilla Galeazzi, ont ravivé magnifiquement ce patrimoine. Et la romaine Giovanna Marini a été la grande précurseuse du genre dès les années 60.

Mais on a longtemps ignoré ou feint d’ignorer que cet art majeur a connu aussi une grande efflorescence en Occitanie, sous une forme essentiellement féminine, il y a fort longtemps ; de même que la monodie a cappella. En perdurant jusqu’à nos jours. Et je me plais à imaginer nos grands-mères en train de chanter à la veillée en filant au coin du feu ou lors de fêtes populaires, sans oublier les offices religieux (il faut écouter le superbe Noël occitan*** des Passions de Montauban sous la direction éclairée de Jean-Marc Andrieu).

photo MiejalunaMièjaluna****, c’est la rencontre de quatre femmes, Armelle, Laurence, Lucette et Manuella, de quatre voix, amoureuses du chant. Quatre voix qui se rejoignent pour former un seul instrument. Et l’instrument vibre de leurs émotions, de leurs coups de cœur : des histoires d’amour, de lutte, de doutes ; de la vie… Des histoires universelles, toutes ou presque issues du patrimoine chanté traditionnel.

Chants traditionnels profanes ou sacrés, transmis tantôt comme elles les ont reçus, tantôt revisités au gré de leur fantaisie, se retrouvent autour du bonheur de les chanter ensemble et de la joie de les partager avec le public.

Elles nous entrainent dans un voyage qui va du Béarn d’un amoureux transi à l’Italie d’une mondine (travailleuse des rizières du Nord de l’Italie), de la Catalogne avec une berceuse au Berry avec une chanson à boire, d’une bourrée auvergnate à des Noëls provençaux, sans oublier Lo Magnificat et Lo Miserere incontournables en polyphonie (ceux-ci sont provençaux, région qui a eu le plus célèbre noëlliste du XVII° siècle, Nicolas Saboly) ; ni le célèbre Caï caï caï de l’accordéoniste Michel Macias réarrangé et « chorégraphié » par ces Dames.

Du branle à la bourrée, de la soule à la tarentelle et la villanelle, leur éclectisme fait plaisir à entendre.

La salle Perbosc est l’écrin idéal pour ce récital : le public est tout ouïe, certaines personnes sont bouché bée devant la performance, d’autres ferment les yeux dans un rêve intérieur. Ici, pas de fioritures autres que vocales : 4 femmes toutes simples dans leur quintessence, concentrées sur leur voix et sur les histoires qu’elles racontent. Quatuor, solo, duo, trio, parfois les tonalités divergent, mais pour se retrouver et se réaccorder dans une unité harmonique.

Et cela malgré la diversité des origines des chants du répertoire.

Preuve, s’il en était besoin, que la grande Occitanie dépassait largement les limites du Languedoc !

Comme le dit le rappel, chanté à l’unisson avec le public, Vaqui lo polit mes de mai :

Voici le joli mois de mai

Où tout galant plante son mai.

J’en planterai un pour ma mie,

Il sera plus haut que le toit (de sa maison).

D’ici là, ne ratons pas les prochains Dijous de l’Ostal, en particulier le 28 mars, avec les maitres Jean-Pierre Lafitte et Renat Jurie, pour des Chants sacrés et profanes des Pays d’Oc ; ni le 11 mars à 18h à la Salle Duranti, le Printemps méditerranéen des Poètes, orchestré par Dame Manijeh Nouri.

MiejalunaQuant à Miejaluna, elles continuent leur route sur les sentiers d’Occitanie : elles seront le 27 juillet 2013 à Aulus-les-bains dans l’Ariège, dans le cadre des Journées « Livres et montagne » (thème de cette année : l’Occitane), un autre beau rendez-vous.

Nul doute que le croissant de lune sera enchanté cette nuit-là au-dessus du Garbet.

Elrik Fabre-Maigné

28-II-2013

 

* Ostal d’Occitània 11 carrièra Malcosinat 31000 Tolosa. Les Dijous (Jeudis) de l’Ostal ont lieu à 19h et l’entrée est libre ! Consultez le site http://www.ostaldoccitania.net (seul petit bémol, il faut aller sur le calendrier pour avoir l’information).

** La pratique du chant à plusieurs voix dans la musique populaire se retrouve un peu partout en Europe mais, dans certaines régions, elle est une pratique rare ou exceptionnelle alors que, dans d’autres, elle constitue un élément caractéristique.

La pratique du chant à plusieurs voix s’est fortement développée dans le Caucase et revêt des formes qui ont laissé supposer – mais le débat reste ouvert – une origine caucasienne à l’organum médiéval et, par conséquent, à la polyphonie savante européenne. Son rôle est important dans la zone slave et, de façon tout à fait générale, dans toute l’Europe orientale, à l’exclusion des peuples finno-ougriens. La polyphonie est largement présente dans les territoires de langue allemande ; il faudrait étudier, évidemment, l’influence possible de la pratique du chant d’église protestant, et le problème posé par l’absence de conséquences similaires en Grande-Bretagne. Elle est aussi fortement développée dans le nord de l’Italie. Dans les autres régions d’Europe, la polyphonie est entièrement inconnue et limitée à des occasions particulières.

Chez les peuples européens, les modèles de pratique polyphonique sont variés. Les formes de déchant, probablement plus archaïques, apparaissent dans des régions assez éloignées les unes des autres, allant du Caucase à l’Adriatique, aussi bien dans la partie italienne que sur le littoral de l’ex-Yougoslavie, ce qui a permis d’imaginer l’existence d’une Europe antique au territoire plus étendu dont seuls quelques îlots subsisteraient.

Encyclopedia Universalis : www.universalis.fr

*** Cantem Nadal-Noël baroque occitan par Les Passions, Les Sacqueboutiers et les solistes de la Mounède (Ligia Digital)

**** Mièjaluna Polyphonies féminines dOccitanie 06 87 85 30 06 miejaluna@gmail.com

http://miejaluna.wordpress.com

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