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Le dernier et superbe opéra de Weber au Capitole

Oberon musicalement splendide, oui mais visuellement…

 

 

On sait  gré à Frédéric Chambert de son amour pour les opéras rares de Carl Maria Von Weber. Dèjà l’an dernier en version de concert, il nous avait proposé une fort belle interprétation d’Euryanthe. Alors que l’Opéra Comique vient de monter le célèbre Freïschutz (dans la version française de Berlioz) sous la direction galvanisée de Sir John Eliot Gardiner, c’est à Toulouse qu’il faut se rendre pour découvrir les charmes du si rare Obéron.

Opéra patchwork il est loin d’avoir la cohérence dramatique de l’opéra emblématique de Weber. Se serait toutefois s‘égarer que de mésestimer cette œuvre, certes inégale, mais qui compte des moments dramatiquement forts et musicalement élevés. Ce soir les dialogues parlés sont remplacés par ce qui sera la meilleure idée du metteur en scène : offrir la parole à un excellent acteur qui donne tout son sens à cette histoire tarabiscotée mêlant Shakespeare et ses Nuits d’été et l’histoire fleuve associant chevaleresque et épique de Christophe Martin Wilhelm.
Dès l’ouverture admirablement nuancée et phrasée, Rani Calderon confirme sa parfaite compréhension du romantisme allemand déjà apprécié l’an dernier. L’Orchestre du Capitole des grands soirs est parfait, tant dans les solos (le cor viendra saluer au rideau final !) que les méandres harmoniques d’une partition très wagnérienne par moments. C’est ce discours orchestral de grande qualité qui fera apprécier les meilleurs moments de la partition. Coté vocal le parti pris est de choisir des voix larges, de format wagnérien. Il faut préciser pour être honnête que les rôles principaux sont absolument inchantables car le rôle de Rezia demande une Fiordiligi en ce qui concerne les vocalises et les trilles et le charmant duo de l’acte un avec Fatime et au minimum une Sieglinde pour le très large Ozean du Ungeheur de l’acte deux. Le vibrato large, le timbre corsé, la projection victorieuse de Ricarda Merbeth sont idéals dans l’air wagnérien. Elle sera habile à masquer ses limites dans le reste du rôle. Et son jeu d’actrice est inexistant d’autant qu’elle est  affublée du costume le plus laid qui se puisse imaginer pour une princesse des contes de mille et une nuit…. Huon de Bordeaux est distribué à Klaus Florian Vogt qui fut un Euryanthe idéal. Ce soir la voix s’est élargie et la recherche de projection métallise le son ; les accents gluturaux sont gênants et le phrasé semble oublié. La recherche de chant héroïque est obtenue au détriment de la ligne de chant mozartienne requise. Mais qui peut rendre hommage à ce rôle qui exige d’être un à la fois Tamino et Siegfried ?
La Fatime de Roxana Constantinescu toute de charme et de grâce piquante associe les qualités vocales et théâtrales requises de même qu’Arttu Kataja géant gauche et sympathique à souhait et très bien chantant ! Tansel Akzeybeck est un Obéron élégant et distant, fort peu concerné par l’histoire et les personnages qu’il manipule sans émotions. Le Puck de Silvia de La Muela est plein de charme et la voix est agréablement timbrée et passe bien l’orchestre résistant à la tempête.
Tout le théâtre et toute l’action, toute la beauté du théâtre sont concentrés dans le talent fulgurant de Volker Muthmann.

Photo : Patrice Nin

 

 

Sans lui l’ennui aurait gagné les yeux : Décors costumes et lumières sont pauvres, sans rêve ni féeries. Seules les projections géantes très bien faites apportent un peu de couleur et de vie à ce qui demeure un parti pris incompréhensible et décevant pour une œuvre qui allie féerie, héroïsme et poésie.
Le chœur dans ses nombreuses interventions est tout à fait remarquable. Nuances, ampleur des phrasés, beauté des couleurs et harmonies des pupitres sont un régal de tous les instants. Le chœur des Elfes en suite à l’ouverture met la musicalité au sommet et tous les numéros suivants seront à ce niveau de beauté. Le travail du chef de choeur d’Alfonso Caiani est éloquent !

 

 

Photo: Giovanni Hänninen

 

 

Au final une version scénique décevante visuellement et qui aurait frôlé la catastrophe sans le théâtre magnifique de Volker Muthmann.
La musique à l’orchestre et aux chœurs a confirmé l’excellence et la belle santé des forces capitolines grâce à la direction romantique et imaginative de Rani Calderon.

Photo: Patrice Nin

 

Toulouse. Théâtre du Capitole. Le 19 avril 2011. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Oberon, opéra romantique en trois actes. Mise en scène : Daniele Abbado ; Chorégraphie Simona Bucci ; Dramaturgie et adaptation des dialogues parlés Ruth Orthmann ; Décors Angelo Linzalata ; Costumes Giada Palloni ; Lumières Guido Levi ; Vidéo Luca Scarzella. Avec : Klaus Florian Vogt : Le Sire Huon de Bordeaux ; Arttu Kataja : Scherasmin ; Tansel Akzeybek : Oyeron ; Silvia de La Muela : Puck ; Ricarda Merbeth : Rezia ; Roxana Constantinescu : Fatima ; Adrineh Simonian : Une nymphe de la Mer ; Volker Muthmann : Récitant . Orchestre national du Capitole de Toulouse ; Chœurs du Capitole, direction Alfonso Caiani. Direction : Rani Caldero

 

Hubert Stoecklin

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