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Un Algérien au JO d’hiver de Turin en 2006 !

02 Avr Publié par dans Cinéma | Comments

« Good Luck Algeria » de Farid Bentoumi

Le marketing de ce film est un vrai piège dont vous sortirez avec des étoiles dans les yeux ! Piège pourquoi ? Tout d’abord une affiche qui n’annonce rien de bien exaltant. Ensuite une bande annonce cumulant les moments comiques et les répliques du même cru, tout cela laissant à croire que nous sommes devant une banale comédie, d’autant que dans le casting il y a Franck Gastambide. Et puis, très vite, ce film vous prend à contrepied et vous amène gentiment vers d’autres horizons. Ces horizons inattendus sont ceux d’une PME dont la spécialité, reconnue internationalement, est la fabrication de skis de fond. Les plus grands noms de cette discipline se bousculent pour pouvoir les acheter. Sauf que voilà, une multinationale de matériel de sport vient de mettre en œuvre un lobbying auprès des athlètes les poussant sans trop de ménagements vers une autre marque. La PME se trouve au bord du dépôt de bilan. Comment faire briller à nouveau le nom de ses skis. Stéphane, l’un des associés et ancien champion de ski de fond va convaincre son ami  Sam, le gérant de ladite société, de s’inscrire pour concourir aux prochains JO de Turin, en 2006. Stupeur et tremblement pour ce dernier. Finalement il accepte. Mais auparavant il s’agit de remplir les minimums olympiques, donc, direction les championnats du monde. Et tout d’abord, entraînement intensif. Voire plus ! A force de volonté, le blanc-seing olympique en poche, l’aventure continue.

Good Luck Algeria

Que nous raconte Farid Bentoumi dans son premier long. Tout d’abord une histoire vraie, celle de son frère Noureddine qui, effectivement, représentera l’Algérie aux JO de Turin en 2006. Mais c’est loin d’être tout. Dans son film, Farid nous parle de sa bi nationalité franco-algérienne et de sa difficulté à la vivre de par le regard des autres. Il nous parle aussi du dépassement de soi, jusque dans la douleur. Sans retenue aucune il évoque la corruption régnant dans certaines instances algériennes. Et puis il y a sa famille, franco-algérienne, aimante et compréhensive jusqu’au sacrifice. En abordant ce thème, c’est celui de ses racines qui affleure. Des racines complexes et antagonistes qui conjuguent l’aridité  de la campagne algérienne aux sommets enneigés qui surplombent Grenoble, sa ville native. Le pitch de la PME est romancé mais il permet de saisir en de courtes scènes le désarroi de ces petits entrepreneurs face aux banques et autres géants qui peuvent détruire du jour au lendemain de magnifiques projets. Et puis il y a les acteurs.

Good Luck Algeria

Sami Bouajila, pour qui le film a été écrit, est somptueux d’engagement, de volonté. C’est un acteur généreux et plus que talentueux. La découverte est certainement le Stéphane de Franck Gastambide, un comédien que l’on n’attendait pas crédible à ce point dans un rôle aussi délicat.

A suivre absolument ! Il y a également Chiara Mastroianni, Hélène Vincent (toujours aussi épatante et lumineuse) et un acteur non professionnel : Bouchakor Chakor Djaltia, c’est lui le père de Sam, un père tout en authenticité de ton, avec une bonté et une jeunesse incroyables dans le regard. Chapeau ! Farid Bentoumi nous conduit ainsi dans ce qui peut paraître comme un véritable dédale thématique avec une assurance et un succès qui augurent d’un bel avenir. Et comment ne pas deviner en filigrane la volonté de démontrer la richesse que constitue le mélange des civilisations… A voir impérativement.

Robert Pénavayre

bouajilaSami Bouajila – Déjà une belle carrière !

Au crépuscule de sa quarantaine, ce comédien français d’origine tunisienne, peut se vanter d’ores et déjà d’une imposante filmographie de plus de 40 titres. C’est à partir de 2000 et de son rôle principal dans Drôle de Félix, que la profession commence à s’intéresser sérieusement à lui. Les productions vont ensuite s’enchaîner, conjuguant comédies, thrillers, cinéma d’auteur, films d’action. Bientôt couronné par des prix prestigieux dont  celui d’interprétation à Cannes en 2006 pour Indigènes, Sami Bouajila trace son sillon dans le 7ème art avec éclectisme, subtilité, sensibilité et tout son talent. Un comédien décidément attachant.

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