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La mélancolie des marionnettes

02 Déc Publié par dans Théâtre | Comments

Spectacle de la Compagnie Pelmanec, « Diagnostic : Hamlet » a été présenté au Centre culturel des Mazades et à l’Escale de Tournefeuille, dans le cadre du festival Marionnettissimo.

Diagnostic Hamlet_Cie Pelmanèc

Annoncé comme «un temps fort» du festival Marionnettissmo qui s’est tenu au mois de novembre, « Diagnostic : Hamlet » de la Compagnie Pelmanec était à l’affiche du Centre culturel des Mazades et de l’Escale de Tournefeuille. Passionné des formes animées et des grands textes, le Catalan Miquel Gallardo n’en n’est pas à son premier passage dans la programmation du festival : « Don Juan, amère mémoire de moi » fut en effet programmé en 2011. Pour cette 18e édition, la compagnie transpyrénéenne nous offrait une relecture marionnettique de l’œuvre de Shakespeare, prenant appui sur un propos social contemporain. Un « Hamlet » qui aurait pour cadre « Vol au dessus d’un nid de coucou ».

Plus qu’un spectacle de marionnettes, « Diagnostic : Hamlet », est une pièce de théâtre pour un acteur confronté à trois marionnettes : Max, jeune homme brillant enfermé dans un hôpital psychiatrique et surtout en lui-même, puis sa mère, caricature de mère abusive, et enfin Ophélie, jeune femme amoureuse, gothique et suicidaire. Au centre de ce trio, un psychiatre appelé à soigner le jeune Max, victime du syndrome d’Hamlet. Ce personnage très touchant auquel donne vie Miquel Gallardo ne quitte pas l’armoire taguée de dessins et graffitis ultra violents dans laquelle il s’est cloîtré, par peur des responsabilités, des pressions sociales et familiales, par incapacité à surmonter les épreuves de la vie – comme ces jeunes Japonais, les «hikkikomori», lesquels, à la société qu’on leur impose, préfèrent la sécurité des hôpitaux, la virtualité d’internet et des jeux vidéos et tout ce qui leur permet d’échapper au monde extérieur.

Mais Max, lui, a choisi de s’en remettre à Shakespeare. Il souhaite que le dramaturge décide à sa place. Il est Hamlet. Comme le héros tragique de Shakespeare, son père est mort accidentellement et sa mère, une chanteuse ratée et vulgaire, s’est remariée avec son oncle. La compagnie Pelmanec nous donne matière à réfléchir avec ce spectacle intelligent et exigeant, extrêmement âpre aussi sur le mal de vivre d’une jeunesse en perte de repères. Figure actuelle du «non-agir», Max recrée l’illusion de la vie, anime ses cauchemars, manipule jusqu’à devenir lui-même le marionnettiste du marionnettiste dans un travail fascinant de dédoublement entre acteur et marionnette portant haut l’art de la manipulation ! Le spectateur tout comme le psychiatre, navigue dans l’espace mental de Max peuplé de personnages réels et inventés qui émergent et s’évanouissent du plateau, finissant par happer le docteur… si toutefois docteur il y a eu.

Être ou ne pas être ? « Diagnostic Hamlet » pose la question de la vie ou de l’illusion de la vie, dans une mise en abîme du théâtre servie par une mise en scène inventive : jeux de lumières contrastées, images vidéo interactives et bande-son cinématographique s’emploient à créer une atmosphère troublante et onirique, où réalité et images fantasmées se confondent. Le spectacle est tenu d’une main virtuose par Miquel Gallardo, manipulant à vue et dans une symbiose totale trois marionnettes à taille humaine. Le comédien-marionnettiste étant – rappelons-le – catalan, certains spectateurs auront peiné à entendre les dialogues en raison d’une prononciation du français marquée par son accent. Pourtant, c’est ce même accent doux, chantant, plus ou moins marqué selon les personnages, qui contribue fortement aussi à ce voyage aux portes de la folie et de la duplicité.

Sarah Authesserre
une chronique de Radio Radio

marionnettissimoFestival Marionnettissimo

 

 

 

 

 

 

 

–>  Toulouse Espace Culture / L’Afficheur Culturel

 

 

 

 

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