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Rencontre avec Carlos Marqués-Marcet, réalisateur du film « 10.000 km »

07 Mai Publié par dans Cinéma | Commentaires
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DR Carine Trenteun

Le film 10.000 km suit Sergi (David Verdaguer) et Alex (Antalia Tena), couple barcelonnais qui en est au stade de concevoir un enfant. Alex reçoit une bourse pour une résidence artistique d’un an à Los Angeles, afin de pouvoir se consacrer à la photographie. Sergi doit rester à Barcelone où il prépare son concours. Le réalisateur Carlos Marqués-Marcet interroge l’adage « loin des yeux, loin du coeur » à l’heure où Facebook, Skype et autres technologies permettent de se voir, s’entendre malgré une séparation de 10.000 km. Le réalisateur répond à mes questions.

Comment s’est écrit ce film ?

Ça a duré 5 ans. C’était le premier scénario que j’écrivais tout seul. En même temps que j’écrivais, j’apprenais à écrire. Je recopiais des scénarios d’autres films. Je tâtonnais pour définir les deux personnages. J’ai passé 2-3 ans seul dans la misère de ce processus. J’étais un peu désespéré. Les producteurs ne me répondaient plus. J’étais à Los Angeles et un ami de Barcelone m’a proposé de revenir, pour commencer à travailler avec Clara Roquet. Nous avons alors écrit pendant 3 mois.

Quand les choses ne sont pas claires, on rajoute des personnages, des lieux, des intrigues secondaires pour essayer de s’en sortir. On a eu une bourse de la Catalogne, qui nous a permis d’employer une script editor. Je lui ai expliqué ce que je voulais faire. Elle a lu la toute première version qui datait de trois ans, et la toute dernière. Elle m’a dit que la première version correspondait beaucoup plus à ce que je souhaitais pour le film. Elle m’a conseillé de regrouper les 7 scènes que je voulais tourner en plan séquence en une seule. Cette idée me satisfaisait car elle me permettait aussi de passer plus de temps avec les acteurs. Elle a aussi suggéré l’idée que la fille allait tomber enceinte, afin de voir les efforts du couple pour rester ensemble.

A partir de là, retour à la page blanche. Nous avons écrit la première version très rapidement, car les trois ans de travail n’avaient pas servi à rien, on connaissait déjà très bien les personnages. C’était plus un travail de restructuration. Puis, je filmais en journée le travail avec les acteurs, durant les répétitions et les improvisations. On regardait les essais durant la nuit, et on prenait des idées, on ajustait les dialogues.Voilà pourquoi les deux acteurs sont aussi crédités comme dialoguistes.

Cette scène d’ouverture, en vrai plan séquence, dure 23 minutes. Combien de prises a-t-elle nécessité ?

17.

Saperlipopette ! (oui, la retranscription me rend extrêmement polie)

Oui, 3 jours ont été nécessaires. Mais ce plan séquence n’était pas ce qu’il y avait de plus difficile à faire. C’est une préparation, une sorte de petite danse.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

C’était un processus très long. Pour trouver un financement pour le film, nous avons eu l’idée de faire un court-métrage comme un teaser de 10.000 km, pour essayer des choses expérimentales, à partir du scénario. On a fait un casting avec des acteurs de Barcelone que je ne connaissais pas car j’avais passé beaucoup de temps à l’extérieur. En cherchant un autre acteur sur internet, je suis tombé sur une vidéo qui avait 60 vues. Elle était faite à Berlin avec un téléphone mobile. David Verdaguer, qui n’était pas l’acteur que je cherchais à la base, a alors attiré mon attention. Mes recherches montraient qu’il avait surtout fait des comédies. On l’a contacté, il a passé un casting, et nous l’avons vite retenu.

Pour l’actrice, ça s’est passé au dernier moment, car on avait choisi une autre comédienne. Un mois avant notre tournage, les dates de ses autres tournages ont changé. Elle ne pouvait plus tourner avec nous. La productrice connaissait quelqu’un qui connaissait Natalia Tena. Nous avions annulé le tournage le matin, et l’après-midi même, l’agent de Natalia a appelé pour confirmer que c’était bon. En une semaine, elle a dit oui. Natalia et David se sont rencontrés à Londres et très rapidement, on a vu qu’ils allaient bien s’entendre. C’était important pour moi de voir l’alchimie entre eux, avant les répétitions. C’était même mieux qu’avec l’actrice prévue à l’origine.

Combien de temps ont duré le tournage et le montage ?

20 jours de tournage. Le montage n’a pas été très long, 3 mois, ou 3 mois et demi peut-être. Comme on avait déjà fait le court-métrage, j’avais les idées claires. De plus, je suis monteur professionnel. J’ai tourné en sachant déjà comment allait être le montage.

Comment s’est fait le choix du projet photographique d’Alexandra ?

Un ami photographe, Aleix Plademunt, est venu me rendre visite à Barcelone. Il voyage beaucoup, et j’ai pensé que si mon personnage féminin était photographe, elle pourrait montrer Los Angeles, qui est une ville que j’aime beaucoup, d’une façon originale. Mais quand j’ai commencé à écrire le scénario, il y avait quelque chose qui sonnait faux. Mon ami photographe l’a lu, et a dit « c’est de la merde ». Nous avons alors décidé de faire un vrai projet ensemble. Une bourse nous a été accordée, avec un écrivain qui est aussi mon meilleur ami. Une bonne excuse de passer beaucoup de temps ensemble. Notre travail sur l’idée de distance et de technologie, mélangeant des vidéos, des textes et des photos, devait être exposé dans un centre d’art. L’endroit a fermé à cause de la crise et donc l’exposition n’a pas pu se faire. Les photos que vous voyez dans le film sont celles d’Aleix.

Il y a eu beaucoup d’aléas pour ce film. Y a-t-il eu des moments joyeux ?

Tout le temps. C’est comme le sexe, la petite mort : un peu de douleur, un peu de plaisir. Je suis très fier des acteurs.

Et le Goya que vous avez reçu pour le meilleur premier film ?

Le Goya, c’est politique. C’est bon pour moi, mon carrière, ma mère, mon père et ma grand-mère, ils sont très contents pour moi. C’est bien d’avoir la reconnaissance de la profession. J’espère que cela va aider le film, et aussi à réaliser le prochain. Pour moi, obtenir un Goya n’est pas l’indicateur pour savoir si mon travail est bon.

Quel est pour vous l’indicateur alors ?

La propre satisfaction d’avoir réalisé ce que tu as fais.

Merci au Cinéma ABC de Toulouse d’avoir permis cette rencontre.

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