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Intolérance

05 Avr Publié par dans Opéra | Commentaires

L’opéra « Massacre » de Wolfgang Mitterer, d’après la pièce « Massacre à Paris » de Christopher Marlowe, est présenté au Théâtre du Capitole, dans le cadre du cycle Présences Vocales, dans la mise en scène de Ludovic Lagarde.

massacre

« Massacre » est un opéra de Wolfgang Mitterer créé en 2003. L’œuvre est présentée au Théâtre du Capitole dans le cadre du cycle Présences Vocales, dans la mise en scène de Ludovic Lagarde créée en 2008. Né en 1958, l’organiste et compositeur autrichien a lui-même écrit le livret avec Stephan Muller, d’après « Massacre à Paris » (1593). L’ultime pièce de l’Anglais Christopher Marlowe met en scène Catherine de Médicis, Henri III, le duc et la duchesse de Guise, le roi de Navarre, autour des événements sanglants de la nuit de la Saint-Barthélemy.

Pour Wolfgang Mitterer, «le choix de Marlowe s’est imposé d’emblée : pour la beauté de sa langue, un anglais clair et direct, mais aussi pour la force de son thème, évidemment, et la perfection de son intrigue. Pourquoi les gens s’entretuent-ils simplement parce qu’ils ont des opinions différentes ? Les personnages de Marlowe n’étaient déjà plus vraiment des figures historiques, mais bien figures intemporelles de ces travers humains que l’histoire nous ressert sans cesse, génération après génération».

Ludovic Lagarde, le metteur en scène, explique : «Le livret suit d’une part la pièce de Marlowe, l’histoire des événements qui ont conduit au massacre de la Saint-Barthélemy, de manière relativement linéaire. Mais il est aussi écrit de façon verticale, et chaque séquence dégage un paradigme. Par exemple, le complot, l’empoisonnement qui déclenché la décision du massacre, vaut pour l’attentat de Sarajevo pour la guerre 14-18, l’incendie du Reichstag pour la Nuit de Crystal… ou toute provocation, calcul, ou manœuvre qui déclenche la folie meurtrière. Plus largement, on peut dire qu’au XVIe siècle, l’enjeu de la religion peut libérer une dose de haine, de barbarie et violence considérable, qui n’est pas sans rappeler notre monde contemporain.»

Ludovic Lagarde poursuit : «La première décision fut de créer un personnage en plus, qui ne figurait pas dans le livret. L’idée m’est venue de proposer à une danseuse, Stéfany Ganachaud, d’être sur la scène aux cotes des chanteurs, pour donner le contrepoint intime à l’histoire politique, à la fureur… Elle est la figure qui incarne l’exode, la terreur subie, l’individu pourchassé, le corps supplicié, elle représente le peuple. La seconde fut de positionner à l’avant-scène un rail de travelling et un cameraman qui filme en direct.»

Saturée jusqu’à l’excès de sonorités d’origines hétéroclites, la partition fait la part belle à l’électronique, mais cite également le répertoire, tout en laissant une place à l’improvisation. Wolfgang Mitterer assure : «Ce qui m’intéresse dans la composition, c’est de trouver des sons nouveaux. L’inouï au sens le plus propre du terme. Composer, c’est mettre ensemble, au sens étymologique. C’est ce que je m’efforce de réaliser. Refaire ce que des générations ont déjà fait avant moi, je n’en vois pas vraiment l’intérêt. L’improvisation, qui est une part très importante de mon activité de musicien, est essentielle ici. La base de « Massacre » est bel et bien écrite, “composée”, mais pas selon des barres de mesures académiques. J’ai élaboré une sorte de grille temporelle dans laquelle les chanteurs puissent se sentir un peu plus libre de chanter leurs parties.»

La soprano colorature finlandaise Piia Komsi interprète la Duchesse de Guise, la mezzo-soprano lituanienne Nora Petročenko a les traits de la Reine de Navarre et ceux de Catherine de Médicis, le baryton français Lionel Peintre tient le rôle du Duc de Guise, le contre-ténor Guilhem Terrail est Henri III, et la soprano Valérie Philippin porte la couronne du Roi de Navarre. Peter Rundel dirige le Remix Ensemble Casa da Musica de Porto, dont il est directeur musical depuis 2005.

Jérôme Gac

Du 12 au 17 avril, au Théâtre du Capitole, place du Capitole, Toulouse. Tél. 05 61 63 13 13.

Rencontre avec le compositeur, samedi 11 avril, 18h00, au Théâtre du Capitole.

Performance : « Massacre Remix », mardi 14 avril, 22h00, au Théâtre du Capitole (entrée libre).

Projection : « La Reine Margot » de P. Chéreau, jeudi 9 avril, 20h00, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 11.

photo: « Massacre » © Philippe Stirnweiss

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