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Réalité

28 Fév Publié par dans Cinéma | Commentaires

Même ceux qui n’ont que vaguement entendu parler de Quentin Dupieux, savent le type décalé, inclassable. C’est le genre de mec qui n’hésite pas à appeler son premier moyen – métrage Le non – film ou, plus tard, filmer les péripéties d’un pneu amoureux et serial killer (Rubber).

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Sous ces airs de paisible barbu, ce quadragénaire cultive un univers unique. Celui qui a débuté dans la mouvance électro sous le pseudo de Mr Oizo, a fait ses premières armes dans la réalisation de clips aux côtés de Michel Gondry. Quoi qu’il en soit, sa dernière réalisation est en salle depuis peu. Et je vais essayer de ne pas me prendre les pieds dans le tapis en vous faisant son résumé.

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Jason est cadreur sur une émission culinaire, mais il caresse le projet d’un film où les postes de télé annihileraient le monde en détruisant sauvagement l’espèce humaine. Il sollicite le producteur Bob Marshall qui veut bien se lancer dans l’aventure, à la condition expresse que le film remporte une récompense prestigieuse.

Jason a donc pour mission de revenir 48 h plus tard avec le cri de souffrance le plus réaliste possible.

Dans le même temps, Henri consulte sa psy, Dennis a de l’eczéma, Zog réalise un long – métrage et une fillette dont le père empaille les animaux, retrouve une VHS dans les entrailles d’un sanglier.

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À la relecture ce que j’ai écrit plus haut, je me rends bien compte que cela ne semble avoir ni queue ni tête …

Ne vous arrêtez pas à mon résumé un tantinet maladroit. Il est assez délicat de condenser Quentin Dupieux, l’homme nourrit un amour du surréalisme difficile à détailler en quelques lignes. Il ne faut pas pour autant être rebuté par la démarche ou penser que le film qui en découle est un gloubi boulga incompréhensible (avec Réalité, Dupieux signe d’ailleurs son film le plus accessible).

Bien au contraire, il fait bon accepter le pacte que le réalisateur propose, sortir avec lui des sentiers battus, se prêter au léger inconfort de l’absence de repères connus, accueillir un éclairage nouveau, un décalage bienfaisant et la possibilité savoureuse d’une libre interprétation, si souvent refusée au spectateur.

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Sous ses aspects de réalisateur de l’absurde, Quentin Dupieux n’a rien d’un insouciant amateur. Cumulant plusieurs casquettes (scénariste, directeur de la photographie, monteur …), le metteur en scène s’investit à fond dans son projet, s’entourant d’une technique souvent à la pointe, offrant à voir un long – métrage à la douce et belle lumière, esthétique jusqu’au bout du cadrage, hypnotique jusque dans sa bande – son*.

Débutant tout doucement, telle une paisible balade au sein d’une Californie baignée de soleil, Réalité s’accélère, tourbillonne, devenant peu à peu une mise en abyme psychédélique, à l’image d’un Jason qui se perd dans ses prises de son, qui patauge entre rêve et réalité.

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J’ai omis de vous préciser une chose : Réalité est un film qui ne se prend jamais au sérieux. On rit donc, souvent. Par touches, de façon subreptice.

Le choix des comédiens n’y est évidemment pas pour rien car lorsqu’on emploie un maître de l’aberration tel que Jonathan Lambert, c’est le minimum auquel s’attendre. La stylée Élodie Bouchez vient elle aussi faire un tour dans les parages, dans un contre – emploi carrément bien vu.

Mais leur maître à tous, celui qui les dépasse d’une bonne tête, qui n’a qu’à froncer un sourcil pour passer sans effort du désopilant à un registre plus grave, c’est bien entendu le grand Alain Chabat. Joie non dissimulée de le retrouver dans un rôle de premier plan, à la hauteur du bonhomme.

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Que vous soyez encore sceptique et que vous n’aimiez pas perdre vos repères ou qu’au contraire vous soyez un véritable Indiana Jones de la pellicule, fondez sur l’expérience Réalité, je suis certaine que vous en redemanderez.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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* : La bande – son de Réalité a ceci de particulier qu’elle n’est en fait composée que d’un seul et unique morceau. Enfin, le bout d’un seul morceau : les 5 premières minutes de  » Music with changing parts  » de Philip Glass. Au premier abord, l’exercice pourrait sembler limité, voire horripilant. Il n’en est rien, le rendu n’en étant que plus obsédant, renforçant une délicieuse sensation de vertige.

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