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Noirs désirs

06 Oct Publié par dans Théâtre | Commentaires

Immersion dans la fantaisie absurde et noire d’ »Oktobre », au centre culturel de Ramonville et au théâtre Jules-Julien.

oktobre

Son nom claque comme une bannière révolutionnaire au vent : « Oktobre ». Pourtant il s’agit bien d’une compagnie de cirque, de cirque-théâtre, comme le spécifie le metteur en scène Florent Bergal – également enseignant à l’école de cirque du Lido, à Toulouse. Car c’est effectivement au Lido que se sont rencontrés la trapéziste argentine Eva Ordonez-Benedetto, l’acrobate italien Jonathan Frau et le champion du Monde de magie Yann Frisch, mi-clown hirsute, mi-jongleur lunaire. Le nom de leur compagnie est aussi le titre de leur premier spectacle collectif, créé en janvier 2014: un huis clos sombre et surréaliste, à la scénographie minimaliste (une table et trois chaises) et aux chromatismes binaires (rouge/noir) à l’intérieur duquel se jouent les tensions relationnelles de trois personnages. Désir, séduction, répulsion, attirance, soumission : toute une gamme de sentiments ambigus entre deux hommes et une femme créant une matière expressive, théâtrale et corporelle, passant du tragique au burlesque et vice-versa.

«Certains spectateurs sont déroutés par les rapports froids, secs, absurdes entre les personnages. Dans la vie, on veut voir du sens à tout, alors que le monde n’a pas de sens, l’humanité entière est arbitraire», raconte Florent Bergal. «Tout comme nous n’avons pas cherché à justifier nos numéros en racontant une histoire prétexte à faire du cirque» poursuit Eva. Florent Bergal – co-fondateur par ailleurs du G.Bistaki, collectif au croisement de la danse et du cirque – a cependant tenu dans sa mise en scène à conserver le séquençage circassien, sous formes de tableaux chapitrés avec ses numéros en trio, en duo et en solo. «Ce sont davantage des moments de solitude que des solos, nous aimons l’idée que le spectateur assiste à cette intimité où l’on devient plus fragile», précise Eva Ordonez.

Chaque artiste a apporté ses influences dans ce spectacle empreint d’une esthétique très forte, élégante. Ainsi, on retrouve dans « Oktobre » un humour noir aux parfums de littérature d’Europe de l’Est, des images et des attitudes picturales inspirées d’Egon Schiele, un langage gestuel dépouillé qui rappelle les chorégraphies de Pina Bausch, une ambiance cinématographique inquiétante renforcée par une bande-son évocatrice en arrière-plan. Yann Frisch a insufflé au spectacle son univers de magicien, lui conférant sa facture étrange, mystérieuse, comme ces illusions sonores et visuelles troublantes. Ainsi, à chaque nouveau lever de rideau, des situations non tributaires d’un récit linéaire se répètent sans cesse, déformées, altérées, comme sorties d’un film de David Lynch. Et le quatrième protagoniste d’ »Oktobre » dans tout ça ? «Pauline Dau est arrivée tardivement dans la création. C’est la raison pour laquelle, elle arrive dans le spectacle de façon inopinée. Son personnage est totalement décalé, voire grotesque. Son jeu lâché est à l’opposé du registre des trois autres, il emmène le spectacle ailleurs, vers la lumière, et le public se retrouve à nouveau déstabilisé. Pauline c’est l’ultime “pirouette˝ du spectacle !», raconte le metteur en scène.

Les jeunes circassiens ont travaillé trois ans sur la création d’ »Oktobre » qu’ils ont amené cet été au festival d’Avignon, dans le cadre de «Midi-Pyrénées fait son cirque en Avignon». Un bouche à oreille énorme et un succès public et professionnel qui lanceront bientôt « Oktobre » sur les routes d’Amérique latine et d’Europe du Nord. «Il ne nous reste plus qu’à travailler encore et encore pour affiner toujours plus», déclare l’ancien professeur des trois circassiens virtuoses, «et… à apprendre à jouer en anglais», renchérit la brune trapéziste, un large sourire aux lèvres. Avant leur départ, venez les voir, ils sont encore à Toulouse pour le mois… d’octobre.

Sarah Authesserre
une chronique du mensuel Intramuros

Mardi 14 octobre, 20h30, au Centre culturel, place Jean-Jaurès, Ramonville. Tél. 05 61 73 00 48.

Samedi 18 octobre, 16h00, au Théâtre Jules-Julien, 6, avenue des Écoles-Jules-Julien, Toulouse. Tél. 05 81 91 79 19.
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photo © Daniel Michelon

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