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Orchestre du Capitole de Toulouse, Sokhiev et Abduraimov, un trio glorieux !

22 Sep Publié par dans Musique classique | Commentaires

Nous étions donc plus de 2200 à la Halle, ce jeudi soir 18 septembre, pour assister à ce concert d’ouverture qui ne pouvait laisser que des mines radieuses à la sortie après l’interprétation, aussi bien du Concerto n°1 de Tchaïkovski sous les doigts et pieds du pianiste ouzbek Behzod Abduraimov que de la Symphonie n°9 dite « du Nouveau Monde » d’Anton Dvorak.

On peut consulter l’article d’annonce du concert.

Orchestre National du Capitole de Toulouse © Patrice Nin

Ce seront juste quelques mots pour exprimer notre admiration pour ce jeune pianiste qui, sûrement, a entendu les applaudissements venus du ciel d’un compositeur enthousiaste. Sans esbroufe à aucun moment, ni démonstration physique intempestive devant le clavier, la partition se déroulant comme par enchantement, le soliste nous a délivré une leçon de virtuosité contenue au service d’une musicalité assez impressionnante. Il est aidé en cela par un Tugan Sokhiev qui, décidément, n’est jamais meilleur que lorsqu’il accompagne un chanteur ou un soliste. Ainsi, la précision des attaques ne souffre-telle aucune remarque. Cela donne un tout qui paraît l’évidence dans toute sa simplicité, avec une réelle fraîcheur même, toute théâtralité délaissée, sans pathos exacerbé. Tous les pupitres de l’orchestre ont participé à cette réussite. L’Andante du concerto laissera des traces, le premier mouvement et ses vingt-deux minutes aussi, bien loin des interprétations TGV.

Signalons juste qu’après une telle exécution, on peut, me semble-t-il comprendre qu’un “encore“ ne soit pas indispensable. Après plusieurs rappels plein d’un enthousiasme, à coup sûr, tout à fait compréhensible, mais pour clore une certaine goujaterie de quelques spectateurs prêts à protester comme si c’était un dû, Behzod Abduraimov a interprété un Nocturne, de Tchaïkovski toujours. Pour éviter ce type de malaise, le mieux serait qu’une certaine entente soit fixée avant, entre le soliste et le Premier violon solo .

Dès les premières mesures de la Symphonie, nous voilà fixés. Nous sommes tout ouïs pour suivre une interprétation qui va relever, pour moi, d’une sorte de véritable redécouverte. On la connaît par cœur pourtant cette n°9. Est-ce, qui sait ? parce que Tugan Sokhiev a lu et relu l’entretien donné par le compositeur dans les colonnes du “New-York Herald Tribune“ du 15 décembre 1893 ? la veille de son exécution au Carnegie Hall, et de son triomphe total ? ou a-t-il lu en entier le poème « le Chant de Hiawatha » et est encore sous le charme ?ou bien, est-ce grâce aux diverses interventions des solistes qui nous transportent littéralement ? C’est sûrement la réunion de tous ces facteurs conjuguée à toutes les facettes reconnues de son talent qui permet d’avoir un tel résultat. Sans omettre le travail avec l’orchestre. En tous les cas, on s’incline, d’abord, devant l’assurance et bien sûr, l’interprétation au cor anglais de Gabrielle Zaneboni qui envoûte la Halle dans le Largo. La fameuse mélodie fut poétique et nostalgique à souhait. Il en émanait alors, une délicate émotion.

Sokhiev, Abduraimov: Tchaikovsky, Dvořák on medici.tv.

Il faudrait citer encore, comme à la fin pour les saluts, chaque groupe de bois ou vents, clarinettes, flûtes, hautbois et bassons, puis les cors bien sûr, et les trompettes et trombones, et le tuba, et les timbales, et tous les pupitres de cordes. C’était bien la « Symphonie du monde entier » menée de bout en bout par un chef à son affaire qui ne dirige pas avec une baguette mais un scalpel dans son étui de velours. Au bilan, une succession de plans sonores parfaitement dosés avec des articulations sans faille, un ensemble tout à fait enthousiasmant.

Comblés que nous sommes par ce concert d’ouverture de saison, mais un peu moins par la plaquette-programme, disons-le. On aurait aimé pouvoir, comme auparavant, lire sur une page entière, les noms des musiciens de l’orchestre. C’est illisible – les couleurs choisies – et réduit à une demie-page, dommage. Aïda mérite aussi, ce me semble, une page entière, n’est-ce pas ?? Et pourquoi, ne pas avoir indiqué les durées des œuvres, de même qu’au minimum, les différents mouvements des deux puisqu’ils sont clairement énoncés dans n’importe quel document ? Après, on ne va se plaindra pas de la police utilisée, les malvoyants surtout !!

Vivement le 11 pour le prochain concert à la Halle.

A noter que l’orchestre est le 4 octobre à 21h au Bascala à Bruguières, René-Gilles Rousselot mettant tout son talent et son souffle dans l’interprétation du Concerto pour trompette en ré majeur de Tartini. Auparavant, c’est l’Adagio pour quatuor d’orchestre de Lekeu puis, de Mendelssohn, la Symphonie n°3  « Ecossaise ». Christophe Mangou dirige.

Programme, après changement, du récital de Behzod Abduraimov le 24 au Cloître des Jacobins, un programme dense, divers et sans concessions

BEETHOVEN
Sonaten°12 en la bémol majeur « Marche funèbre », op. 26,  en quatre mouvements

CHOPIN
Ballade n°4, en fa mineur, op.52

SCHUBERT
Impromptus op. 90, n°3 et n°2

RAVEL
Gaspard de la nuit
Ondine
Le Gibet
Scarbo

À l’âge de 18 ans, Behzod gagne le prestigieux Concours International de Piano de Londres avec son interprétation du Concerto n°3 pour piano de Prokofiev.

Bezhod Abduraimov © Ben Ealovega

Behzod Abduraimov est né à Tashkent en 1990 et commence le piano à l’âge de 5 ans. Il fut l’élève de Tamara Popovich à Tashkent (Uspensky State Central Lyceum) et il étudie actuellement à Kansas City avec Stanislav Loudenitch.

Les places sont chères, mais Behzod Abduraimov s’est rapidement imposé comme l’un des pianistes majeurs de sa génération, grâce à ses performances plutôt fascinantes sur le clavier et la nature affirmée de ses interprétations de certaines œuvres. N’est-ce pas Eric Dahan qui écrit ily a peu, vantant « ses qualités époustouflantes » : « A savoir, une main gauche puissante mais jamais écrasante. Des attaques d’une précision chirurgicale. Une sonorité parfaitement ronde et timbrée sur toute la tessiture. Et surtout, un contrôle des plans sonores qui fait que les traits les plus virtuoses se détachent toujours de l’orchestre, sans que l’on perde une seule note…S’il faut qualifier son jeu, on dira qu’il est très masculin. Raffiné et lyrique, mais sans la moindre nervosité ou préciosité. » Un autre critique musical anglais vous dira qu’il a les réflexes neuro-moteurs d’un chat sauvage et les réserves d’énergie d’un athlète olympique au pic de sa forme !!

Malgré son jeune âge, il a déjà travaillé avec de nombreux chefs d’orchestre parmi les plus grands comme Ashkenazy, Gergiev, Petrenko, Dutoit, Vladimir Jurowski, Zinman….

Au printemps 2014, il fait ses débuts avec le Boston Symphony Orchestra sous la direction de Lorin Maazel, débuts qui seront suivis par une tournée en Chine. En Amérique de Nord, il a également été ré-invité au Kansas City Symphony ainsi que dans une série de récitals à Vancouver. Il fait aussi ses débuts dans la saison de concerts de l’Université de Princeton et a récemment travaillé avec les orchestres symphoniques d’Indianapolis, Atlanta, Ottawa et a donné un récital au Ravinia Festival. C’est un début de carrière époustouflant.

En Europe, Behzod Abduraimov sera en résidence avec l’Orchestre Philharmonique des Pays-Bas (Marc Albrecht) et sera prochainement invité par les plus grandes phalanges européennes. À la suite de ses débuts triomphants au Wigmore Hall à Londres, Abduraimov y sera invité de manière régulière au cours des prochaines saisons et il retournera également à La Societa dei Concerti à Milan (il fera le concert d’ouverture de leur saison). Il fait ses débuts à l’Auditorium du Louvre, au Théâtre Mariinsky, et ce en plus de nombreux autres récitals en Italie et en Espagne. Et il revient en force à Toulouse, notamment une deuxième invitation à Piano aux Jacobins.

Behzod Abduraimov est retourné au Japon pour faire cette fois ses débuts avec le NHK. (Il avait fait ses débuts japonais avec le Tokyo Symphony Orchestra en 2012).

Michel Grialou

Piano aux Jacobins

Orchestre National du Capitole

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