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Jonas Kaufmann, le plus grand ténor actuel, accompagné par le Kammerorchester Wien-Berlin, un orchestre unique

05 Mai Publié par dans Musique classique | Commentaires

Ce n’est pas faire offense au reste du programme de ce concert du cycle Grands Interprètes mais, le public se sera d’abord déplacé en masse pour “boire“ littéralement à cette fontaine de mots et de sons, livrant actuellement les plus grandes émotions pour chaque inflexion de cette voix si caractéristique, voix sombre de ténor, voix venant du cœur et du cerveau à la fois, un atout rare. C’est  LA voix tout simplement de…. Jonas Kaufmann, ténor assoluto.

Jonas Kaufmann@ Gregor Honenberg

Programme du concert

Felix Mendelssohn
Symphonie pour cordes n°10 ~ 10 mn

Gustav Mahler
Chants d’un compagnon errant
(version pour ensemble de chambre par A. Schoenberg) ~ 27 mn

entracte

Richard Strauss
Sextuor extrait de Capriccio, opus 85
(sera joué “choral”, donc par l’ensemble des musiciens) ~ 10 mn

Arnold Schoenberg
La Nuit Transfigurée
(arrangée pour orchestre à cordes par A. Schoenberg ; révision en 1943)~ 30 mn

Lieder eines fahrenden Gesellen : cycle de chants en quatre mouvements. Les paroles sont de Gustav Mahler lui-même.

C’est une œuvre de jeunesse en rapport direct avec sa Première Symphonie, mais aussi avec l’un de ses premiers chagrins d’amour, et dont l’écriture musicale est directement influencée par l’environnement du petit gars de Bohême habitant, tout enfant, entre caserne et auberge, entre chants de soldats, mais aussi marches militaires et, chants de caserne et mélodies bohémiennes aussi. 

Wenn mein Schatz Hochzeit macht,
Fröhliche Hochzeit macht,
Hab’ ich meinen traurigen Tag!
Geh’ ich in mein Kämmerlein,
Dunkles Kämmerlein,
Weine, wein’ um meinen Schatz,
Um meinen lieben Schatz!

Blümlein blau! Verdorre nicht!
Vöglein süß! Du singst auf grüner Heide.
Ach, wie ist die Welt so schön!
Ziküth! Ziküth!
Singet nicht! Blühet nicht!
Lenz ist ja vorbei!
Alles Singen ist nun aus.
Des Abends, wenn ich schlafen geh’,
Denk’ ich an mein Leide.
An mein Leide !

Quand ma bien-aimée aura ses noces,
Ses noces joyeuses,
J’aurai mon jour de chagrin !
J’irai dans ma petite chambre,
Ma petite chambre sombre !
Je pleurerai sur ma bien-aimée,
Sur ma chère bien-aimée !
Petite fleur bleue ! Ne te dessèche pas !
Gentil petit oiseau ! Tu chantes au dessus du pré vert.
Ah, que le monde est beau !
Cui-cui ! Cui-cui !
Ne chantez pas ! Ne fleurissez pas !
Le printemps est fini !
Tous les chants sont terminés maintenant !
La nuit quand je vais dormir,
Je pense à mon chagrin,
À mon chagrin

 

Ging heut morgen übers Feld,
Tau noch auf den Gräsern hing;
Sprach zu mir der lust’ge Fink:
« Ei du! Gelt? Guten Morgen! Ei gelt?
Du! Wird’s nicht eine schöne Welt?
Zink! Zink! Schön und flink!
Wie mir doch die Welt gefällt! »Auch die Glockenblum’ am Feld
Hat mir lustig, guter Ding’,
Mit den Glöckchen, klinge, kling,
Ihren Morgengruß geschellt:
« Wird’s nicht eine schöne Welt?
Kling, kling! Schönes Ding!
Wie mir doch die Welt gefällt! Heia! »

Und da fing im Sonnenschein
Gleich die Welt zu funkeln an;
Alles Ton und Farbe gewann
Im Sonnenschein!
Blum’ und Vogel, groß und klein!
« Guten Tag, ist’s nicht eine schöne Welt?
Ei du, gelt? Schöne Welt? »

Nun fängt auch mein Glück wohl an?
Nein, nein, das ich mein’,
Mir nimmer blühen kann!

Ce matin, j’ai marché à travers les champs,
La rosée était encore accrochée à l’herbe ;
Le joyeux pinson me parlait :
« Eh, toi ! N’est-ce pas ? Quel beau matin ! N’est-ce pas ?
Toi ! Le monde ne sera-t-il pas beau ?
Cui-cui ! Beau et vif !
Comme le monde me plaît ! »Et dans le champ les campanules
gaiement, ding-ding,
m’ont carillonné avec leurs clochettes
leur bonjour :
« Le monde ne sera-t-il pas beau ?
Ding-ding ! Il sera beau !
Comme le monde me plaît ! Holà ! »Et alors, dans l’éclat du soleil,
le monde commença soudain à briller ;
tout a gagné son et couleur
dans l’éclat du soleil !
Fleur et oiseau, petit et grand !
« Bonjour, le monde n’est-il pas beau ?
Eh, toi! N’est-ce pas ? Un beau monde ! »Mon bonheur commencera-t-il maintenant aussi ?
Non, non, ce à quoi je pense
Ne fleurira jamais !

 

Ich hab’ ein glühend Messer,
Ein Messer in meiner Brust,
O weh! Das schneid’t so tief
In jede Freud’ und jede Lust.
Ach, was ist das für ein böser Gast!
Nimmer hält er Ruh’, nimmer hält er Rast,
Nicht bei Tag, noch bei Nacht, wenn ich schlief.
O Weh!Wenn ich in dem Himmel seh’,
Seh’ ich zwei blaue Augen stehn.
O Weh! Wenn ich im gelben Felde geh’,
Seh’ ich von fern das blonde Haar
Im Winde wehn.
O Weh!Wenn ich aus dem Traum auffahr’
Und höre klingen ihr silbern’ Lachen,
O Weh!
Ich wollt’, ich läg auf der schwarzen Bahr’,
Könnt’ nimmer die Augen aufmachen!

 

J’ai un couteau à la lame brûlante,
Un couteau dans ma poitrine.
Hélas ! Il s’enfonce si profond
dans toute joie et tout plaisir.
Ah, quel hôte terrible il est !
Jamais il ne se repose, jamais il ne fait de pause,
Ni le jour, ni la nuit, quand je voudrais dormir.
Hélas !Quand je regarde vers le ciel,
je vois deux yeux bleus !
Hélas ! Quand je marche dans le champ doré,
je vois au loin ses cheveux blonds
flottant dans le vent !
Hélas !Quand je me réveille d’un rêve
et que j’entends son rire argenté sonner,
Hélas !
Je voudrais être allongé sur le catafalque noir,
et jamais, jamais rouvrir les yeux !

 

Die zwei blauen Augen von meinem Schatz,
Die haben mich in die weite Welt geschickt.
Da mußt ich Abschied nehmen vom allerliebsten Platz!
O Augen blau, warum habt ihr mich angeblickt?
Nun hab’ ich ewig Leid und Grämen.Ich bin ausgegangen in stiller Nacht
Wohl über die dunkle Heide.
Hat mir niemand Ade gesagt.
Ade! Mein Gesell’ war Lieb’ und Leide!Auf der Straße steht ein Lindenbaum,
Da hab’ ich zum ersten Mal im Schlaf geruht!
Unter dem Lindenbaum,
Der hat seine Blüten über mich geschneit,
Da wußt’ ich nicht, wie das Leben tut,
War alles, alles wieder gut!
Alles! Alles, Lieb und Leid
Und Welt und Traum!

 

Les deux yeux bleus de ma bien-aimée
m’ont envoyé dans le vaste monde.
Alors je dois dire adieu à cet endroit très cher.
Oh, yeux bleus ! Pourquoi m’avez-vous regardé ?
Maintenant j’ai un chagrin et une douleur éternels !Je suis parti dans la nuit tranquille,
à travers la lande sombre.
Personne ne m’a dit adieu.
Adieu ! Mes compagnons étaient l’amour et le chagrin.Sur la route se tenait un tilleul,
et là pour la première fois j’ai dormi.
Sous le tilleul,
qui faisait tomber sur moi ses fleurs comme de la neige,
je ne savais pas ce que la vie fait,
et tout, tout, s’est arrangé !
Tout, tout ! Amour et chagrin,
et le monde et le rêve !
Jonas Kaufmann @Uli Webber - GV
Jonas Kaufmann, le ténor lunaire à la voix sombre, qui semble avoir toutes les qualités, LE ténor que finalement le monde attendait, le ténor qui vous électrise n’importe quelle salle de concert, le ténor dont chaque prise de rôle est événementielle, le ténor au physique très avantageux dont la présence sur scène rend le personnage incarné tellement plus crédible encore, le ténor au fan-club digne d’une rockstar, le ténor qui vous fait traverser l’Europe pour quelques minutes de lieder, un ténor au dosage conflictuel mais harmonieux, d’intelligence et d’instinct. Ah ! il est loin et proche à la fois le temps du Wilhelm Meister  du Mignon d’Ambroise Thomas au Théâtre du Capitole un certain 20 mai 2001 !!! ce jour – là, soir de la première, Jonas Kaufmann  était aphone !!! il a joué son rôle sur scène pendant que Mr Butterfield chantait en loge d’avant-scène. Plus tard, ce fut un Voyage d’hiver. La salle n’affichait pas complet. Les temps changent.

 

Jonas Kaufmann étudie à l’Académie de musique de Munich, sa ville natale, et participe à des master classes avec Hans Hotter, James King et Josef Metternich. Pendant ses cinq années sur scène au Théâtre National de Sarrebruck, il poursuit sa formation avec Michael Rodes à Trèves (Allemagne).

Après des engagements à Stuttgart, Francfort, Hambourg et Milan – dans la production de Così fan tutte de Giorgio Strehler et dans Fidelio (Jaquino) avec Riccardo Muti –, Jonas Kaufmann se produit à l’Opéra de Zurich en 2001, ce qui constitue le point de départ de sa carrière internationale. En 2010, il fait ses débuts au Festival de Bayreuth dans le rôle-titre de  Lohengrin dans la spectaculaire mise en scène d’Hans Neuenfels.

Au niveau international, Jonas Kaufmann est autant demandé dans les répertoires italien et   français que dans l’opéra allemand. Il a chanté Werther de Massenet à Paris et à Vienne, Cavaradossi dans Tosca de Puccini à Londres, au Met et à la Scala. Son intense interprétation de Don José dans Carmen de Bizet lui a valu de  nombreux fans à travers le monde. Le ténor aime incarner des personnages bouleversés, s’immergeant totalement dans leur univers et rendant leurs pensées et leurs émotions remarquablement crédibles. Son physique avantageux est bien un atout supplémentaire indéniable surtout dans certains rôles lui offrant une crédibilité hors normes.

Au-delà de ses qualités vocales et musicales, c’est son identification totale avec ses rôles qui lui a valu un grand enthousiasme de la part de la critique et du public. Ce fut notamment le cas avec ses débuts dans le rôle de Siegmund dans La Walkyrie de Wagner au Metropolitan Opera de New York au  printemps 2011. Cette nouvelle production tant attendue, magistralement dirigée par James Levine et retransmise à la radio et au cinéma dans le monde entier, a permis à un public nombreux d’apprécier son interprétation – le mélange de la puissance expressive « allemande » et de la finesse vocale italienne. Il a pu à nouveau faire preuve de cette polyvalence théâtrale avec son interprétation très applaudie du rôle-titre du Faust de Gounod.

Dans sa ville natale de Munich, on a pu entendre Jonas Kaufmann dans les rôles de Tamino, Lohengrin, Don José, Cavaradossi, Florestan dans Fidelio et Don Carlo. En 2012, il a fait ses débuts dans le rôle de Bacchus dans Ariane à Naxos de Richard Strauss au Festival de Salzbourg. En décembre 2012, il est retourné à Milan pour l’ouverture de la nouvelle saison de la Scala avec une nouvelle production de Lohengrin sous la direction de Daniel Barenboïm et mise en scène par Claus Guth.

2013 a été l’année de Wagner et de Verdi : après la nouvelle production de Parsifal au Met et le retour de Don Carlo au Covent Garden, il a de nouveau donné ce dernier à Munich et à Salzbourg. En outre, il a fait ses débuts dans deux rôles verdiens : Manrico dans Le Trouvère et Alvaro dans La Force du destin, tous deux dans des nouvelles productions du Bayerische Staatsoper de Munich.

Jonas Kaufmann est également très demandé en concert et en récital. Il voit le Lied comme la « classe royale du chant », puisque ce répertoire demande considérablement plus de finesse que dans toute autre discipline vocale. Sa collaboration avec le pianiste Helmut Deutsch, avec qui il travaille depuis ses années étudiantes à Munich, a donné lieu à un nombre incalculable de concerts, dont un sur la scène du Metropolitan Opera de New York en octobre 2011, qui fut le premier récital solo dans cette salle depuis Luciano Pavarotti en 1994 !

La polyvalence de Jonas Kaufmann s’illustre dans un grand nombre de CD et de DVD. Il est bien entendu couvert de prix et distinctions diverses.

Plus d’informations sur : www.jonaskaufmann.com

Kammerorchester Wien-Berlin

Kammerorchester Wien Berlin @ Philipp Horak GV

La formation présente des solistes des orchestres philharmoniques de Vienne et de Berlin.

Aux yeux du public aussi bien que des critiques musicales du monde entier, seulement deux formations se disputent la place de leader : l’Orchestre Philharmonique de Berlin et son homonyme viennois. Dans une telle situation, les différences entre les deux ensembles ont tendance à s’accentuer ; la douceur, l’élégance et la noblesse des viennois s’opposent à la passion et la fascination berlinoises, le voluptueux son des cordes devenant la vertu des uns, le son brillant des solistes instrumentistes à vents celle de l’autre phalange orchestrale.

Dans ce contexte, il ne semble pas inapproprié de parler de la création du Kammerorchester Wien-Berlin comme d’un grand événement. Cependant, en y regardant de plus près, un grand nombre de caractéristiques communes peuvent être observées : la coopération durant des décennies avec des chefs tels que Wilhelm Furtwängler, Herbert von Karajan, Claudio Abbado (tous deux directeurs du Staatsoper de Vienne et Chefs principaux de l’Orchestre Philharmonique de Berlin) et Sir Simon Rattle a laissé une empreinte au sein des deux orchestres. Par conséquent, ils conservent précieusement le raffinement de leur jeu, allié à une grande souplesse et une précision dans l’éclat sonore, ce qui fait d’eux des orchestres uniques, même au regard des formations américaines, pourtant hautement virtuoses.

Bien que d’excellentes relations aient toujours été entretenues, leur compétition sur le marché de la musique n’est un secret pour personne. Il a fallu l’initiative de Simon Rattle, qui a souhaité diriger un concert commun des phalanges viennoise et berlinoise pour ses cinquante ans, pour réunir les deux orchestres pour la première fois. Cette étonnante expérience s’avéra être si positive qu’elle devait être poursuivie.

De cette idée est née le « Kammerorchester Wien-Berlin », dont les membres représentent, d’une certaine façon, l’essence des deux orchestres, incluant un grand nombre de leurs musiciens les plus renommés. Ils ont pour ambition d’allier la délicatesse propre de la musique de chambre à la puissance symphonique au sein de leur répertoire. Le but principal mais aussi la philosophie de cette formation est de réussir un échange créatif unique et une expérience passionnante  à la fois pour le public mais aussi pour les musiciens.

Depuis la formation du « Kammerorchester Wien-Berlin  », Rainer Honeck (premier violon de l’Orchestre de l’Opéra de Vienne depuis 1984 et premier violon de l’Orchestre Philharmonique de Vienne depuis 1992) endosse le rôle de premier violon et de directeur artistique de l’orchestre.

Rainer Honeck

Rainer Honeck © Philipp Horak

Rainer Honeck est né en 1961 à Nenzing (Autriche). Il a étudié le violon à l’Académie de  Musique et des Arts du spectacle de Vienne avec notamment la  Professeur Edith Bertschinger, puis en cours privé avec le Professeur Alfred Staar. Rainer Honeck a rejoint le Staatsoper de Vienne et l’Orchestre Philharmonique de Vienne comme premier violon en 1981, devenant super-soliste à l’Opéra en 1984 et à l’Orchestre en 1992.

En tant que soliste, il s’est produit en concert notamment au Royal Albert Hall de Londres et au Suntory Hall de Tokyo, et avec l’Orchestre Symphonique Nippon Yomiuri de Tokyo, il a donné une série de concerts présentant l’Intégrale des compositions de Mozart pour violon et orchestre. Rainer Honeck se produit tout aussi régulièrement en tant que musicien de chambre : membre fondateur et premier violon du Wiener Virtuosen, chef des Vienna String Soloists, premier violon de l’Ensemble Wien and du Kammerorchester Wien – Berlin.

Rainer Honeck joue sur un Stradivarius « ex-Hämmerle » de 1709.

Michel Grialou

Les Grands Interprètes - Jonas KaufmannLes Grands Interprètes
mercredi 07 mai à 20h00 – Halle aux Grains

 

 

 

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