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La Fausse suivante : le faux était en noir

03 Mar Publié par dans Théâtre | Commentaires

La rampe de projecteurs s’élève vers le cintre, rideau de lumière blafarde sur le plateau nu où errent des silhouettes en costumes noirs. Mathieu Hornain éclaire d’inquiétude et de noirceur la fourberie de la nature humaine. Jeux de déguisements et de mensonges dans un espace théâtral qui lui ne se cache pas : valet sur la scène, amant dans les coulisses, on change de masque même quand la coulisse devient apparente.

ContesseChevalier

La Comtesse (Cécile Carles), le Chevalier (Sylvie Maury)

La pièce est donnée sans les divertissements des actes I et III, économie de moyens peut-être, unité de noirceur certainement. On fume pour se donner une contenance, on se parle sans se regarder, souvent l’un à cour l’autre à jardin ; seul les désirs ambigus, vénaux, violents, rapprochent les corps. L’argent est déguisé en amour, chez les maîtres comme chez les valets.

Silvia fut le premier Chevalier. Sylvie Maury est celui d’aujourd’hui, assez joli cavalier, costume trois pièces, mains dans les poches, grosse voix – qui parfois oublie d’être grosse. Le texte est hélas dit trop rapidement, au risque d’en gommer les nuances – l’homosexualité latente, cette solidarité féminine à double visage – et de devenir inintelligible par moments. Laurent Perez est un Lélio détaché, un fourbe qui semble ne croire en rien sauf peut-être à lui-même et à sa cigarette. La Comtesse de Cécile Carles, pantalon noir, stilettos rouges et bustier beaucoup trop décolleté, affiche une vulgarité aussi détestable que sa manipulation des êtres.

 

 

FrontinTrivelin

Frontin (Denis Rey), Trivelin (Olivier Jeannelle)

Les grands vainqueurs du jeu sont les valets, le Trivelin manipulateur d’Olivier Jeannelle, génial dans son interprétation des anciens et des modernes et dans sa narration du commerce entre le Chevalier et la Comtesse (avec toutefois quelques exagérations gestuelles ici ou là). Denis Rey est d’abord un Frontin inquiétant, en grand pardessus, chapeau et lunettes d’espion, puis un magnifique Arlequin, bouffon émouvant, pauvre garçon mal dégrossi, toujours prompt à baisser ses bretelles pour obtenir un échantillon. Il réussit même à jouer l’impossible didascalie : d’une main il prend l’argent, et de l’autre il embrasse le Chevalier.

Accessoires incongrus dans la nudité de l’espace que seules sculptent les lumières, les épées vont mal avec les habits d’aujourd’hui. Des armes de carnaval qui sonnent faux dans la noirceur.

 

 

ArlequinLeilo

Arlequin (Denis Rey), Lélio (Laurent Perez)

 

Théâtre Jules-Julien, 21 février 2013

Photos © Djeyo – Le Clou dans la planche

Une chronique de Una Furtiva Lagrima.

 

 

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